Titre : Starless Sky

Auteur : Hitomi

Sujet : Dir en grey (forever love ^^)

Genre : Courrier du cœur…

Disclaimer : Bon ben vous le savez : ils ne m'appartiennent pas… et c'est très regrettable !!!!!

Spoiler : Un bienfait n'est jamais perdu…

Résumé : Toshiya est toujours sur le toit, plongé dans de sombres réflexions. Kyo est allé se coucher[1] ^^. Kaoru n'est pas franchement cool avec mon Totchi. Et Die se demande s'il finira un jour par conclure avec Shinya…Les paris sont ouverts…

Déclaration de l'auteur : Mince, déjà le 3e chapitre !!! Et je n'ai toujours aucune idée de la façon dont ça va finir… ! -_-

Non, c'est pas vrai, je le sais ^_^ !!  Mais ça n'a pas été facile par ce que j'ai tellement compliqué le truc que je n'y pige plus rien !!! ^^;;; M'enfin, au moins maintenant, vous devez vous douter de ce qui est arrivé à Totchi-chou…

J'écoute en boucle FILTH hokubukeisatsu PART II… Kamisama que c'est beau… *___* (n'yeux emplis d'étoiles) Si avec ça je trouve pas l'inspiration, je mange mes baguettes ! ^^

~Hitomi~

(27/09/01)

 

 

 

Starless sky

 

par Hitomi

 

 

 

Chapitre 3

 

 

 

TOKYO, 2001

Toshiya enfouit son visage dans ses mains.

J'ai été le roi des imbéciles…

Il avait cru aux belles paroles et aux promesses de Junya[2], alors que celui-ci n'avait fait que l'utiliser, faisant de lui son jouet, son obéissante marionnette. Il s'était laissé manipuler, et son jeune âge n'excusait en rien sa stupidité. Et le jour où il en avait pris conscience, la douleur avait été atroce. Il avait refusé d'y croire, même en ayant sous les yeux les preuves de la duplicité de l'angélique chanteur, même après que celui-ci lui eut avoué en riant comment il s'était joué de lui, comment il l'avait trahi. Puis il avait dû se rendre à l'évidence : tout ce en quoi il avait cru n'était que mensonge. Son rêve s'était effondré. Et cela avait sonné le glas de Gosick.

Aujourd'hui encore, la blessure était loin d'être cicatrisée.

Il ne lui restait que la musique… et cela même était maintenant compromis…

 

***

 

TOKYO, 1996

" Jun-chan ? "

L'appartement semblait vide et Toshiya se sentit mal à l'aise. Il aurait dû appeler d'abord. Junya était sans doute sorti. Mais, songea le jeune bassiste, s'il lui avait donné une clé, c'était bien pour qu'il puisse venir chez lui à sa guise.

Tant pis. Je vais l'attendre…

Il s'aventura dans la vaste salle de séjour, intimidé. Il ne s'y était encore jamais trouvé seul et se sentait comme écrasé par le décor. Les murs d'un blanc immaculé tranchaient avec l'ameublement intégralement noir. Il remarqua un vase empli de roses d'un rouge très sombre, sur la table basse. Les fleurs préférées de Junya. Le chanteur  n'aimait que le noir, lui qui semblait pourtant si lumineux. Quelques touches d'argent, cadres, bibelots, ne parvenaient pas à égayer la pièce, si froide et impersonnelle que Toshiya eut un frisson. L'appartement de son amant lui faisait toujours cet effet. Comment une créature aussi éthérée que Junya pouvait-elle vivre dans un cadre aussi sinistre ?

Un son étouffé le tira de ses réflexions. Cela venait de la chambre. On aurait dit… un rire ?

" Jun-chan ? Tu es là ? "

La porte de la chambre n'était que poussée. Le son lui parvint à nouveau. C'était bien un rire, suivi de murmures. Il reconnut la voix de Junya, et une autre, également familière. Muu'nya ? Qu'est-ce que le guitariste faisait là ?

Intrigué, il poussa la porte en faisant un pas en avant :

" Jun-chan, je… "

Les mots s'étranglèrent dans sa gorge. Il demeura cloué sur place, son esprit se refusant à admettre ce que voyaient ses yeux. C'était… inconcevable, impossible !

Le rire de Junya s'éleva une nouvelle fois. Sans le moindre signe de gêne, le chanteur écarta les mèches de flammes retombant sur son visage et se redressa, s'adossant à la tête de lit tendue de satin. Comme dans le reste de l'appartement, tout était noir dans la chambre, la moquette, les meubles, les tentures du baldaquin, les doubles rideaux toujours fermés… sauf les murs. Rouge sang. La lumière diffusée par quatre appliques était également rouge. Aucune décoration, à part l'énorme croix  d'argent, au-dessus du grand lit. Junya en avait décidé ainsi : il devait être le seul ornement, avec le dieu occidental qu'il prétendait préférer à celui de ses ancêtres. Tout avait été calculé pour mettre sa beauté en valeur.

Et les draps de soie noire exaltaient non seulement la blancheur de sa peau rosie par l'étrange lumière sanguine, mais aussi celle des deux autres corps qui y étaient étendus.

" C'est toi, hoshi ? Entre donc ! "

La voix de Junya fit sursauter Toshiya. Le chanteur souriait, tendant sa main fine en signe d'invite.

" Allons viens. Ne reste pas planté là. "

Le jeune bassiste secoua imperceptiblement la tête. Il avait envie… de hurler, de pleurer, de vomir son dégoût, de fuir tant d'ignominie et de duplicité. Mais il était incapable de faire un geste. Ses yeux écarquillés d'horreur demeuraient fixés sur l'abominable scène : Junya, son Junya, son ange… avec les deux autres membres du groupe !

Non ! Non ! Ce n'est pas possible ! Pas lui ! Il ne peut pas faire ça ! Non !

Mais le chanteur le fixait en retour avec un sourire ironique, tout en caressant distraitement les cheveux du batteur lové contre lui. Le guitariste, vautré sur ses jambes et entourant sa taille de ses bras, tourna vers l'intrus un regard curieusement vague, semblant avoir du mal à le reconnaître :

" Tiens, Toshi-kun ! " gloussa-t-il avant de reposer sa tête sur le ventre de Junya, qu'il parcourut de baisers sans plus prêter attention au nouveau venu.

Le chanteur, toujours souriant, alluma tranquillement une cigarette prise sur la table de nuit, la flamme du briquet éclairant brièvement son visage dans la pénombre du baldaquin. Il aspira une longue bouffée en fermant les yeux. Le batteur se redressa sur un coude, levant vers lui son regard aussi trouble que celui de Muu'nya, mais empli d'une suppliante envie. Junya rit encore et glissa le cylindre de papier entre les lèvres de son compagnon qui pouffa bêtement.

" Hé ! A moi ! " s'exclama le guitariste en tendant mollement la main vers… ce qui n'était pas une cigarette ! réalisa brusquement Toshiya. Il reconnut alors l'étrange odeur qu'il avait sentie en pénétrant dans la chambre mais qu'il avait reléguée au second plan, plus préoccupé par la scène qui lui déchirait le cœur.

Non, ce n'est pas le Junya que je connais, que j'aime et qui m'aime… Il ne ferait jamais ça, je suis sûr que les autres l'ont forcé…

" Hoshi ? "

Repoussant les deux autres, le chanteur se coulait vers lui sur les draps noirs, gracieux félin à la crinière de feu, pour s'allonger sur le ventre, un pied en l'air, le menton appuyé sur ses mains. Ses yeux sombres, débarrassés des lentilles colorées, étaient parfaitement limpides, en aucune façon embrumés par la drogue, et même pétillants de malicieuse gaieté.

" Pourquoi fais-tu cette tête ? Viens plutôt jouer avec nous. Il ne manque plus que toi ! "

Toshiya ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. Il savait pourtant qu'il aurait dû parler, dire son fait à ce trop séduisant traître, lui jeter au visage toute sa répulsion avant de tourner les talons pour quitter ce lieu de débauche. Et ne plus jamais le revoir. Et trouver le plus proche recoin sombre pour s'y cacher et mourir de chagrin. Mais il ne pouvait se détacher de ce regard magnétique. Il ne pouvait empêcher son cœur de battre plus vite à la vision de cette bouche sensuelle qui lui avait appris à embrasser, de ce corps d'ivoire qui s'était tant de fois unis au sien pour lui faire connaître, le premier, les abîmes de la passion.

" Hoshi… "

Junya sourit. Il connaissait l'étendue de son pouvoir sur le jeune bassiste, savait qu'il pouvait faire de lui tout ce qu'il voulait. Il n'avait qu'à ordonner, il obéirait. Comme les deux autres. Il tendit sa main aux longs ongles laqués de noir :

" Viens... "

 

***

 

TOKYO, 2001.

" Toshiya ? "

Le bassiste sursauta, brusquement arraché à son plus douloureux, son plus atroce souvenir. Il leva la tête vers celui qui venait de l'interpeller. Qui osait venir le relancer jusque dans son refuge ?

" Shinya ? "

Le batteur se tenait debout devant lui, protégé par un immense parapluie d'une averse drue que Toshiya n'avait même pas sentie s'abattre sur lui.

" Tu es trempé. " C'était une calme constatation. " Tu vas attraper du mal si tu restes là. "

" Je m'en fous… " Toshiya hésita une seconde avant d'adoucir sa réponse. " Je n'ai pas froid… et je suis tranquille ici. Comment m'as-tu trouvé ? "

Shinya se fendit d'un demi-sourire qui illumina son visage toujours si sérieux.

" Une intuition… En fait, j'aime venir ici, moi aussi, pour avoir la paix… "

Sous-entendu, comprit le bassiste, quand Die était allé trop loin dans ses taquineries[3]. Il hocha la tête sans répondre.

" Mais ce n'est agréable que quand il fait beau, " reprit son interlocuteur. " Tu sais, je veux bien discuter avec toi, mais que dirais-tu de continuer au sec ? "

" Je… " commença Toshiya, que le batteur interrompit :

" On peut redescendre au studio : les autres sont partis… et il reste du café chaud. "

Et comme le bassiste hésitait encore, il tourna les talons sans manifester la moindre déception :

" Enfin, si tu préfères rester là pour attraper une bronchite, c'est ton affaire… "

" Matte[4] ! "

Toshiya se leva d'un bond et rejoignit son camarade qui s'immobilisa pour l'attendre.

" Tu as raison, c'est trop mouillé, " grimaça-t-il. " Tu me prêtes un bout de parapluie ? "

Shinya inclina la tête en signe d'assentiment et lui fit une place sous son refuge. Le bassiste le remercia d'un sourire et glissa son bras sous le sien.

" Tu disais qu'il reste du café ? "

 

***

 

" Enlève ta veste, et aussi ta chemise. "

Toshiya obéit et attrapa au vol la serviette que lui lançait Shinya, qui venait de la tirer du grand sac qu'il transportait partout et dont le contenu avait toujours été un sujet de spéculation pour les autres – et même de paris pour Die et Kyo.

Il se laissa tomber sur le divan et se mit à frictionner ses cheveux dégoulinants tandis que le batteur étendait ses vêtements sur les dossiers de deux chaises pliantes qu'il installa devant l'unique radiateur électrique de la pièce. Il avait d'ailleurs dû l'allumer pour la circonstance car il était rare qu'ils aient besoin d'un chauffage d'appoint, l'énergie qu'ils dégageaient lors des répétitions suffisant amplement, même au cœur de l'hiver.

Shinya se dirigea ensuite vers la table et servit deux tasses de café.

" Qu'y a-t-il entre toi et Kaoru ? "

Il avait posé la question à brûle-pourpoint, sans même tourner la tête. Le bassiste interrompit son opération de séchage et abaissa lentement les mains, la serviette toujours posée sur sa tête.

" Nani[5] ? "

La batteur revenait vers lui, une tasse dans chaque main, et lui en tendit une qu'il accepta machinalement.

" Tu as parfaitement compris ma question, " fit-il en s'asseyant à son tour. " J'espère que c'est encore assez chaud. "

" Hein ? "

Toshiya, qui s'était débarrassé de la serviette, le considéra d'un air ahuri entre ses longues mèches blondes rendues presque noires par l'humidité. Shinya lui jeta un regard en coin en trempant ses lèvres dans sa tasse.

" Le café, " expliqua-t-il. " Je sais que tu  l'aimes brûlant. "

" Ah ! " Le bassiste considéra sa tasse, qu'il avait totalement oubliée. " Ce n'est pas grave, je peux aussi le boire froid."

Il y eut un long silence que le batteur finit par rompre :

" Tu n'as pas répondu, Toshiya… "

Le bassiste demeura silencieux. Il serrait si fort la tasse entre ses mains tremblantes que Shinya, qui l'observait à la dérobée, crut qu'il allait la broyer.

" Pourquoi tu me demandes ça ? " fit-il enfin.

" Simplement pour savoir pourquoi mon groupe risque de se séparer, " répondit le batteur sans sourciller. " Jusqu'à présent, ça ne me regardait pas. Mais après ce qui s'est passé aujourd'hui, j'estime que je suis concerné. Si Dir en grey disparaît, j'aimerais au moins en connaître la raison. "

Toshiya le fixa avec stupeur :

" Se séparer ? Qu'est-ce que tu racontes ? "

" Le ton a monté après ton départ, " expliqua Shinya toujours aussi calmement. " Kaoru a pensé que nous sommes tous ligués avec toi contre lui… et il l'a très mal pris. Il est parti… et je ne crois pas qu'il a l'intention de revenir de sitôt… "

Le bassiste garda le silence. Puis il jeta brusquement sa tasse, sans prendre garde à la tache noire et sucrée qui s'élargissait sur la moquette râpée, et enfouit son visage dans ses paumes.

" C'est ma faute ! "

" Il semble en effet que tu as ta part de responsabilités dans cette histoire, " commenta le batteur. " Pourrais-je savoir comment et pourquoi nous en sommes arrivés là ? "

Toshiya releva la tête, il y avait des larmes dans ses yeux noirs.

" Il n'y a rien entre Kaoru et moi, " souffla-t-il si bas que son camarade eut peine à l'entendre. " Rien du tout. Et il n'y aura jamais rien… "

" Et c'est là le nœud du problème, ne ? " fit doucement Shinya. " Parce que lui voudrait qu'il en soit autrement. "

" Il t'en a parlé ? " s'étonna le bassiste.

" Non, mais je le connais depuis des années. Je suis au courant de ses… préférences, et j'ai tout de suite compris que tu lui plaisais. Mais, apparemment, ce n'était pas réciproque. "

" Non. " avoua Toshiya sans hésiter. " Je reconnais qu'il est excellent musicien et compositeur. Sans lui, le groupe n'en serait pas arrivé à ce niveau. Je l'admire et le respecte énormément pour ça. Mais… je n'éprouve rien d'autre pour lui. Nous aurions pu être amis, mais il voulait autre chose… que je ne pouvais pas lui donner. "

" Pourtant tu… " Shinya hésita avant de poursuivre en cherchant ses mots avec soin. " Tu apprécies autant les garçons que les filles, non ? "

Le bassiste hocha la tête.

" C'est vrai mais… à cette époque je… je venais d'avoir une très grave… déception. Je n'étais pas prêt pour une nouvelle relation. Et Kaoru était si insistant… J'ai sans doute été maladroit, j'aurais dû lui expliquer mais… c'était encore si douloureux. "

" Et tu as aussi pensé qu'il te courait après pour se venger de Kisaki… " compléta le batteur.

" Aussi, oui… Et je ne voulais plus qu'on se serve de moi. Jamais ! "

Ne plus jamais permettre à quiconque de m'utiliser comme Junya l'a fait… Et j'ai fait la même chose que lui : j'ai utilisé les autres. Je ne vaux pas mieux…

Il y eut un autre silence, et ce fut encore Shinya qui reprit la parole le premier :

" Si tu lui avais parlé franchement dès le début, la situation ne se serait peut-être pas envenimée à ce point. Kaoru est extrêmement obstiné, mais pas stupide. Il aurait pu comprendre mais tu l'as repoussé sans lui donner de raison valable et maintenant… "

Il marqua une pause puis reprit en fixant Toshiya droit dans les yeux :

" Je crois qu'il t'aimait vraiment. Mais il a beaucoup souffert de sa rupture avec Kisaki et n'a pas supporté que tu te montres aussi indifférent envers lui alors que tu t'affichais sans vergogne avec tes conquêtes. Il est aussi très jaloux, tu sais. "

" Je sais… "

Toshiya prit une profonde inspiration avant de continuer. Il était si troublé qu'il ne réalisait même pas que c'était la première fois en presque quatre ans qu'il avait une conversation sérieuse avec Shinya en dehors du travail.

" Je l'ai appris à mes dépends un soir, pendant une tourné. Il avait bu, il est venu dans ma chambre, il m'a frappé et… il a tenté de… de me… "

D'un signe de tête, le batteur lui indiqua qu'il avait parfaitement compris.

" Sans Die, je crois même qu'il m'aurait tué… Ni toi ni Kyo n'en avez rien su. Après, j'ai cru que c'était terminé, qu'il avait enfin compris que je ne voulais pas de lui… mais je me suis trompé. C'est encore pire. "

Cet aveu expliquait bien des choses, se dit Shinya qui soupira :

" Son attirance pour toi s'est changée en obsession… puis en haine. C'est un beau gâchis, qui aurait peut-être pu être évité. "

Le bassiste laissa à nouveau tomber sa tête ses mains.

" Je suis désolé. " Sa voix était presque inaudible. " Je ne pensais pas que ça en arriverait là… "

Shinya leva la main, hésita puis la posa sur l'épaule de son camarade.

" Je sais que ça ne va pas être facile, mais ça peut encore s'arranger. Et tu n'es pas seul. Die a toujours été de ton côté, je sais qu'il… " Il y eut une imperceptible fêlure. " …qu'il t'aime beaucoup. Et Kyo ne laissera pas détruire ce qu'il a eu tant de mal à réaliser. Il  t'aidera. Et… moi aussi. "

Toshiya releva les yeux, franchement surpris.

" Toi ? "

Le batteur eut un sourire un peu triste :

" Je ne suis pas aussi indifférent que j'en ai l'air… Et j'aime travailler avec toi. Musicalement, nous sommes sur la même longueur d'ondes. Ça a tout de suite bien fonctionné entre nous, bien mieux qu'avec Kisaki, et je ne voudrais pas que ça change… "

Le bassiste sut lire entre les lignes : Shinya venait de lui dire qu'ils étaient amis. Il sourit aussi malgré ses yeux humides :

" Moi non plus je ne voudrais pas que ça change… "

Il plongea ses yeux noirs dans le regard étrangement clair de celui que Kyo avait surnommé la "Reine des Glaces[6]". 

Ainsi j'avais raison, il joue la comédie, il se cache… pour se protéger de quoi ?

" Shin-chan ? "

Son interlocuteur sursauta.

" Nani ? "

" Dô mo arigato[7]… pour tout. "

Le jeune batteur vira à l'écarlate et détourna les yeux en ôtant vivement sa main toujours posée sur l'épaule nue du bassiste.

" Dô itashimashite[8]… " souffla-t-il très vite.

Toshiya agit alors sans réfléchir et saisit les longs doigts fins entre les siens.

" Shin-chan, pourquoi fais-tu semblant d'être aussi froid si tu ne l'es pas? "

Shinya rougit encore plus et tenta de libérer sa main mais le bassiste ne lâcha pas prise et insista :

" J'ai répondu à ta question, alors réponds à la mienne, s'il te plaît. "

Le batteur paraissait au supplice. Jamais il ne s'était confié à quiconque dans le groupe. Ses camarades ne savaient pratiquement rien de lui et de sa vie. L'anecdote sur son numéro de téléphone qu'ils avaient mis six mois à découvrir[9] n'était qu'un exemple parmi bien d'autres, mais des plus significatifs.

Le bassiste se pencha vers lui. Shinya tenta de reculer mais il était coincé contre l'accoudoir du canapé.

" Toshiya… " fit-il d'un ton plaintif.

" Pourquoi tu ne m'appelles pas Totchi ? Tu es le seul à ne pas le faire. "

" Je… je ne sais pas… "

Il avait l'air au bord de la panique. Toshiya se pencha encore, jusqu'à quelques centimètres de son visage.

" Je te fais peur ? "

" N… non… "

" Menteur ! "

Le bassiste s'écarta un peu, lâcha sa main et eut un sourire malicieux :

" Tu as eu peur que je t'embrasse encore[10], ne ? "

Puis il se mit à rire et Shinya ne put s'empêcher d'en faire autant à ce souvenir. Cela n'avait été qu'un jeu, une provocation de plus du bassiste pour faire hurler et fantasmer les fans. Un simple petit jeu… dont ils étaient seuls à savoir qu'il était allé un peu plus loin que prévu.

" C'est là que j'ai commencé à me douter que ta froideur est feinte, " reprit plus sérieusement Toshiya. " Quand tu as répondu alors que j'étais persuadé de me ramasser une gifle. Et j'ai aussi constaté que tu n'étais pas un débutant… et que ça ne paraissait pas te déplaire d'embrasser un garçon… Ne[11], Shin-chan ? "

Le batteur eut alors une réaction à laquelle le bassiste ne s'attendait pas du tout : jetant ses bras autour de son cou, il l'attira vers lui si brusquement que Toshiya perdit l'équilibre et s'abattit sur lui. Leurs bouches à quelques millimètres l'une de l'autre, Shinya murmura :

" C'est peut-être parce que tu me plais aussi, Totchi… "

Le bassiste n'eut qu'à incliner un peu la tête pour l'embrasser, retrouvant le goût des lèvres douces qui s'entrouvrirent docilement lorsqu'ils les taquina de sa langue. Il emmêla ses doigts dans la chevelure rousse de Shinya qui laissait ses mains errer sur son dos, incendiant sa peau nue là où elles passaient. Le batteur gémit, ouvrant un peu plus la bouche pour permettre à leurs langues de se mêler.

Mais tu es complètement malade ! Tu réalises ce que tu es en train de faire ? 

Toshiya fit un véritable bond en arrière, s'arrachant aux bras de Shinya, et se rejeta dans son coin du canapé, haletant, mort de honte d'avoir trahi son meilleur ami. Shinya se redressa, les yeux écarquillés d'incompréhension :

" Que… ? "

" Non, Shinya. Je suis désolé mais je ne peux pas… je ne peux pas faire ça à Die. "

Les joues du batteur s'enflammèrent et il baissa la tête. Il parut sur le point de se lever, sans doute pour s'enfuir, mais resta finalement assis.

" Gomen[12], Toshiya, " murmura-t-il. " Je ne sais pas ce qui m'a pris… "

Le silence qui s'instaura entre eux parut cette fois devoir durer indéfiniment. Le bassiste finit pourtant par remarquer :

" Tu me reproches mon indifférence envers Kaoru mais je peux te renvoyer le compliment. Ne me dis pas que tu ignores que Die est fou de toi depuis toujours. "

" Je le sais… "

Shinya serrait si fort ses mains jointes sur ses genoux que les jointures en étaient blanches.

" Je le sais mais je… " Ce fut à son tour de respirer un grand coup avant de lâcher un aveu pénible. " J'ai peur… "

La stupéfaction cloua Toshiya sur place :

" Hein ? Tu as peur de Die ? "

Le batteur secoua la tête en signe de dénégation. Il était maintenant très pâle.

" Non. J'ai peur de ce qu'il penserait de moi s'il savait… J'ai fait quelque chose d'horrible, Toshiya. S'il l'apprenait, ça le dégoûterait. Et je ne veux pas qu'il souffre à cause de moi. "

" C'est si grave que ça ? "

Le bassiste en doutait sérieusement. Shinya paraissait si doux, si pur, totalement incapable de la moindre mauvaise action. D'un autre côté, ça ne voulait rien dire. Toshiya était bien placé pour savoir qu'un démon peut se dissimuler sous le visage d'un chérubin. Cette cruelle leçon, il n'était pas près de l'oublier.

" Die t'a placé sur un piédestal et te vénère à genoux. Il t'aime assez pour tout te pardonner, crois-moi… Et il souffre tout de même, de ton indifférence. "

Shinya fit un nouveau signe de tête, buté.

" Ce serait pire s'il savait… Je ne suis pas digne de lui. Il est si gentil… alors que moi… "

La voix du batteur se brisa sur le dernier mot. Incrédule, Toshiya vit une larme rouler lentement sur sa joue, puis une autre. Shinya, le glacial Shinya, était capable de pleurer ?

Et c'est pour Die qu'il pleure… Mais alors… il l'aimerait, lui aussi ?

En une fraction de seconde, le bassiste, oubliant ses propres problèmes, prit sa décision. Il devait trop au guitariste pour ne pas tenter de faire quelque chose. Si Shinya partageait les sentiments de Die mais les refoulait au nom d'il ne savait quel remords, tout n'était peut-être pas perdu.

Die, je vais payer ma dette, en faisant tout pour que tu sois heureux.

Doucement il prit dans les siennes les mains crispées et froides du batteur.

" Si tu me disais ce que tu te reproches ? Je peux peut-être t'aider. Moi aussi, tu sais, j'ai fait des choses dont je ne suis pas très fier… "

Dont une, en particulier, qu'il valait mieux que Shinya n'apprenne jamais…

Seul un sanglot lui répondit. Le batteur gardait la tête basse, laissant libre cours à ses larmes qui tombaient sur leurs mains jointes.

" Tu l'aimes, n'est-ce pas ? Tu l'aimes depuis toutes ces années. Pourquoi tu ne veux pas le lui dire ? "

" Parce que… " Shinya releva la tête, fixant Toshiya de ses yeux rougis et noyés de larmes. " …parce que je l'ai trompé ! "

Puis il arracha ses mains de l'étreinte du bassiste et se jeta dans le coin du canapé, la tête entre ses bras repliés, sanglotant sans retenue.

" K'so[13] ! " fit Toshiya entre ses dents.

Il saisit le batteur par les épaules et l'obligea à se redresser, tentant en vain d'accrocher son regard qui s'obstinait à le fuir.

" Tu veux dire que tu as quelqu'un d'autre ? "

" Non ! " gémit Shinya en se débattant faiblement. " C'était… c'était il y a longtemps… mais… "

" Qui était-ce ? " coupa Toshiya qui avait soudain un mauvais pressentiment.

Le batteur devint encore plus livide, si c'était possible. Il cacha son visage dans ses mains, incapable de soutenir le regard du bassiste. Entre deux sanglots, il hoqueta :

" Ki… Kisaki… "

 

***

 

A suivre…

 

 

     ????????????????????????????????

     J'ai rien compris…

     Je ne sais pas si vous allez me croire, mais j'ai écrit la fin de ce chapitre sans avoir une seule seconde le droit de donner mon avis. Je vous jure que ce sont eux qui dictaient et je ne pouvais rien faire d'autre que taper, totalement éberluée par ce qui se passait…

     Et là, je patauge total pour la suite. Mais comment je vais me sortir de cette galère ?

     Si quelqu'un a compris quelque chose à cet embrouillamini, je veux bien qu'on m'explique parce que  je me suis perdue en cours de route… ^^;;;

     Enfin, en attendant, je vous dis : Oyasuminasai[14] !

     ~Hitomi~

     (09/10/01 - 01H20)

    

 

 

 

 

 

 



[1] Il est de notoriété publique (et d'après les autres membres) que Kyo passe beaucoup de temps à dormir, et qu'il est capable de s'endormir n'importe où.

[2] J'adresse mes plus plates excuses à Junya. J'en ai fait un immonde salaud alors que tout ce que je sais de lui, c'est qu'il était le chanteur de Gosick, l'ancien groupe de Toshiya.

[3] Authentique. Shinya est la victime de prédilection des blagues de Die.

[4] Attend.

[5] Quoi (par extension : hein)

[6] Pure invention de ma part.

[7] Merci beaucoup, mais encore plus poliment que ça. Arigato signifie merci, arigato gozaimasu c'est merci beaucoup, et dô mo arigato, on est plié en deux !!! Et je vous laisse deviner comment on est poli quand on dit Honto ni dô mo arigatô gozaimashita !

[8] De rien ; il n'y a pas  de quoi.

[9] Authentique ! Shinya est la vivante incarnation du secret absolu, on ne sait quasiment rien de lui.

[10] Ils ont tout compris, les petits de Dir en grey ! Le fan-service, ils en ont fait un art ! Et ça marche ! Cette vidéo où Toshiya et Shinya s'embrassent, j'ai bien dû la repasser plus de 100 fois, image par image ^^ Kaoru et Kyo l'ont fait aussi, sur scène. J'ai une copine encore traumatisée…

[11] Interjection japonaise qui sert un peu à tout et joue le rôle de hein, n'est-ce pas ou eh bien.

[12] Pardon

[13] Le mot en cinq lettres…

[14] Bonne nuit