Titre : Starless Sky

Auteur : Hitomi

Sujet : Devinez !!! ^^

Genre : Pas la moindre idée… ^^;;;

Disclaimer : J'veux qu'ils soient à môaaaaaaaa !!!!!!

Spoiler : Si seulement je pouvais spoiler, ça voudrait dire que je sais ce qui va se passer…or c'est pas le cas… ç__ç

Résumé : Cinq ans plus tôt, Toshiya a été abominablement trahi par Junya, son premier amour (mon pov' bébé !!), raison pour laquelle il repousse Kaoru. Il se confie à Shinya (?), qui lui fait également ses aveux : s'il fait semblant de ne pas s'intéresser à Die, c'est qu'il s'estime indigne de lui… car il l'aurait trompé avec Kisaki, l'ex  de Kaoru (quelle salade !!!)

Déclaration de l'auteur : Oooooouuuuiiiiinnnn !!!!! J'y pige que kouik !!!!

J'espère sincèrement trouver une solution miracle au fil de l'écriture, parce que là, je suis au bord du pétage de boulon.

Si cette bande de zozos voulait se calmer, ça m'aiderait fortement. Tiens, y a que mon petit Kyo  qui est mignon avec moi et ne me fait pas de misère ^^;;;

Enfin, Inch Allah ! (c'est pas japonais mais au point où j'en suis…)

~Hitomi~

(09/10/01)

 

 

 

Starless sky

 

par Hitomi

 

 

 

Chapitre 4

 

 

 

     OSAKA, 1996.

     L'adolescent aux longs cheveux roux courait presque dans le couloir des coulisses. La majeure partie des techniciens était déjà partie et il n'avait pas la moindre envie de se retrouver enfermé. Il accéléra encore en jurant en silence. Idiot de Die qui avait trouvé hautement spirituel de lui chiper son lait démaquillant pour le cacher quelque part dans la loge. Il avait fait semblant de ne pas s'en préoccuper, se contentant de hausser les épaules, et il était parti… pour revenir en catimini un peu plus tard, bien décidé à récupérer son bien.

Bakamono ! Die, anata wa bakamono desu[1] !

     Mais en se répétant ces mots, sa colère s'évanouit et il sourit, rêveur. Die…Rien que songer au grand guitariste faisait battre plus vite son cœur de dix-huit ans.

Il avait presque atteint son but lorsqu'il capta des éclats de voix. Il y avait encore quelqu'un dans la loge. Deux personnes au moins. En approchant, il reconnut les voix : Kaoru et Kisaki. Ils se querellaient. Encore…

     Aucun des trois autres membres de La:Sadie's n'ignorait la liaison du guitariste et du bassiste. Une liaison aussi orageuse que passionnée, où violentes disputes alternaient avec réconciliations théâtrales. Or, ces deux-là étaient trop calmes depuis quelques semaines. Ça ne pouvait pas durer, et Kyo et Die pariaient déjà sur la date du prochain séisme.

     C'est Kyo qui a gagné, songea distraitement le jeune batteur qui n'eut même pas à tendre l'oreille pour tout entendre, la porte étant restée à moitié ouverte.

     " Tu me prends pour un imbécile ? " La voix rageuse de Kaoru, hors de lui. " Je ne suis pas aveugle ! J'ai vu comment tu tournes autour de cette fille ! "

     La réponse de Kisaki, plus douce, presque plaintive :

     " Oh, koibito[2]… comment tu peux croire que… ? "

     " Je te connais ! La première idiote venue te fait les yeux doux et tu ne peux pas résister ! C'est à chaque fois la même chose ! "

     " Mais tu sais bien que ce n'est pas vrai ! Ces filles, c'est juste pour la galerie, pour donner le change ! "

     " Tais-toi ! Je ne veux plus entendre tes excuses bidons ! J'en ai vraiment marre de toi et de tes mensonges ! "

     Un objet lourd s'écrasa près de la porte, faisant sursauter Shinya.

     Et ça fait six mois que ça dure…

     " Ne dis pas ça, koibito ! " Le bassiste semblait maintenant au bord des larmes. " Tu sais que je t'aime ! Tu es le seul qui compte pour moi ! "

     " Ah ouais ? " C'était presque un hurlement. " Et c'est pour me le prouver que tu rentres à trois heures du matin en empestant le parfum, avec une note d'hôtel dans la poche ? A qui tu comptes donner le change ? "

     " Mais, koibito… "

     " Ça suffit ! "

     Un claquement sec, aussitôt suivi d'un cri et du bruit d'un corps qui s'effondre.

     " J'en ai par-dessus la tête ! Je ne veux plus te voir ! C'est la dernière fois que tu te fous de moi ! Tu entends ? Je te vire ! Je ne veux plus de toi chez moi ! "

     Entre les vociférations du guitariste, le batteur pouvait entendre les sanglots de Kisaki. Il se mordit la lèvre inférieure : cette fois, ça semblait plus grave que d'habitude. Kaoru était certes jaloux et emporté, et le bassiste ne faisait rien pour éviter les scènes, mais de là à en venir aux coups…

     " Kaoru, non ! Je n'ai nulle part où aller ! Qu'est-ce que je vais devenir ? "

     " C'est ton problème ! Il fallait y penser avant ! " Un court silence, puis un ricanement : " Tu n'as qu'à appeler cette chère Midori, je suis sûr qu'elle sera ravie de t'accueillir ! "

" Koibito ! Ne fais pas ça ! Je t'en supplie, ne me chasse pas ! "

     " Ah ! Arrête de pleurnicher, tu me dégoûtes ! "

     La porte de la loge s'ouvrit violemment, livrant passage à un Kaoru fulminant. Shinya recula vivement, se plaquant au mur. Le guitariste le vit et s'immobilisa, le foudroyant du regard :

     " Qu'est-ce que tu fais là, toi ? " aboya-t-il. " Tu m'espionnes ? "

     " Je… j'ai oublié quelque chose… "

     Kaoru se contenta de hausser les épaules avec un reniflement méprisant et partit à grands pas. Le batteur attendit qu'il ait disparu au détour du couloir pour se glisser dans la loge, inquiet pour Kisaki. Il était à demi étendu sur le sol, appuyé sur une main, secoué de sanglots, cachant son visage dans son autre main.

     " Kisaki ? Ça va ? "

     Il releva vivement la tête, surpris. Ses joues étaient baignées de larmes, la gauche portant l'empreinte nette des doigts du guitariste.

     " Shin-chan… " Il se détourna, baissant à nouveau la tête, ses longs cheveux blonds-roux dissimulant son visage. " Laisse-moi… "

Shinya hésita. Il n'avait jamais été très proche de Kisaki, sauf pour la musique,  et ne le considérait pas vraiment comme un ami. Mais il y avait tant de désespoir dans sa voix. Il ne pouvait pas le laisser comme ça. Il s'accroupit près de lui et lui secoua doucement l'épaule.

" Kisaki, tu ne peux pas rester là. Presque tout le monde est parti et on risque de se faire enfermer. "

" Alors, va-t-en, ne t'occupes pas de moi… " Le bassiste se remit à pleurer. " Il m'a quitté… plus rien n'a d'importance… "

" Allons, ce n'est pas la première fois. " Le batteur s'efforça de prendre le ton de la plaisanterie. " Il va te faire la tête un jour ou deux, et vous allez vous réconcilier et vivre une nouvelle lune de miel… jusqu'à ta prochaine incartade. "

     Kisaki sursauta et le fixa, une étincelle de colère dans ses yeux débordants de larmes :

     " Tu insinues que c'est de ma faute ? "

     " Pas plus que les autres fois, ne ? " Shinya se redressa et tendit la main. " Allez, debout, et sortons d'ici. Ça va s'arranger, tu verras. Il t'aime : il reviendra. "

     Le bassiste hésita un long moment avant d'accepter la main offerte et de se relever. Puis il se dirigea vers la coiffeuse où était posée sa mallette de maquillage d'où il tira une boite de mouchoirs en papier. Tout en s'essuyant les yeux, il s'examina dans le grand miroir encadré d'ampoules et fit la grimace : sa joue meurtrie enflait déjà.

     " Il ne m'avait jamais frappé, avant… " murmura-t-il avant de se tourner vers le jeune batteur : " Tu crois vraiment qu'il me pardonnera, cette fois ? "

     " Bien sûr ! " assura Shinya en espérant exprimer assez de conviction dans son ton. " Il te pardonne toujours. Il est fou de toi, c'est pour ça qu'il est si jaloux. "

      Kisaki sembla méditer ces paroles quelques instants.

     " Je sais, " fit-il enfin. " Et je m'en veux de lui faire du mal. Je l'aime, tu sais, je ne peux pas vivre sans lui… mais je ne peux pas non plus me passer des filles. C'est plus fort que moi… "

     Il se laissa tomber dans le fauteuil de toile, les coudes sur la tablette, et se prit la tête entre ses mains. Aux mouvements convulsifs de ses épaules, l'adolescent comprit qu'il pleurait à nouveau. Cette fois, il ne savait plus quoi faire. Désemparé, il parcourut la loge du regard… et ne put retenir un sourire : le flacon de démaquillant trônait, bien en vue, sur la coiffeuse qu'il avait occupé ce soir-là.

Die, baka yaro[3]

     " Vous êtes encore là ? "

     Les deux garçons sursautèrent simultanément et se retournèrent : un des employés de la salle de spectacle se tenait à la porte.

     " Vous êtes les derniers, " reprit l'homme qui brandissait un gros trousseau de clés. " Il faut que vous partiez, que je puisse fermer. "

     Kisaki hocha la tête, se leva en reniflant et rassembla rapidement ses affaires. Shinya récupéra son démaquillant qu'il fourra dans son grand sac à bandoulière.

     " Tu devrais te changer, " fit-il au bassiste. " Tu ne peux pas sortir comme ça. "

     Kisaki portait toujours son costume de scène, une longue robe de velours noir fendue sur la jambe gauche et brodée d'arabesques d'argent. Il haussa les épaules.

     " Pas le temps. Tant pis… "

     " Essuie-toi au moins la figure : ton maquillage a coulé et tu t'es barbouillé d'eye-liner partout. "

     Un nouveau coup d'œil au miroir lui confirma que le batteur avait raison : de longues stries noires à demi essuyées maculaient ses joues. Il soupira et rouvrit sa mallette, à la recherche du nécessaire.

     " Vous en avez encore pour longtemps, les filles ? " s'impatienta ironiquement le concierge. Il en avait vu défiler des groupes de Visual Kei, tous plus excentriques les uns que les autres, mais ne parvenait toujours pas à admettre que des hommes se maquillent.

     Shinya, mal à l'aise, saisit son camarade par le bras :

     " Viens. Je t'arrangerai ça dehors. "

 

***

 

     " Tu dois me prendre pour un idiot, ne, Shin-chan ? Pleurer toutes les larmes de mon corps pour ce type… Il est arrogant, autoritaire, borné, jaloux, brutal… Mais je l'aime… "

     Kisaki remplit à nouveau son verre et contempla pensivement le liquide ambré, les reflets qui y jouaient sous les spots colorés du bar, avant de reprendre :

     " Je l'aime. Je suis heureux avec lui, malgré mes bêtises… Et loin de lui… " Il exhala un profond soupir. " Loin de lui je me sens une loque, je n'existe pas… Ouais, je suis vraiment idiot… mais l'amour fait faire des choses stupides… "

     Le jeune batteur écoutait en silence, hochant la tête de temps à autre. La voix du bassiste se réduisait parfois à un bourdonnement avant de redevenir claire. Il avait chaud, la tête lui tournait un peu et il sentait monter une intempestive envie de rire. Il devait commencer à être ivre, se dit-il, mais il n'avait pas bu tant que ça… Juste deux ou trois verres… A moins que ce soit cinq ou six ? Il réfléchit un moment, pour conclure qu'il avait cessé de compter à quatre. Ou a sept ?

     " Je ne le fais pas exprès, tu sais, " continuait Kisaki, à qui l'alcool semblait délier la langue. " Je ne veux pas le rendre malheureux. En fait, je n'avais jamais connu quelqu'un comme lui. Il est formidable. C'est la première fois que je suis si bien avec quelqu'un, que j'ai vraiment envie de construire une relation qui dure. Sans compter, " acheva-t-il avec une grimace égrillarde, " qu'il est génial au lit. "

     Puis il se mit à rire, en voyant Shinya s'empourprer à ces derniers mots.

     " Ça te choque, bébé ? "

     " Non, je… " Le batteur eut un hoquet et dut se concentrer pour finir sa phrase. " …je n'ai aucun problème avec ça… "

     Il ne s'était jamais senti gêné de savoir que Kisaki et Kaoru étaient amants, cela ne le choquait pas plus que de voir Kyo avec sa petite amie. Il estimait que l'important était d'être heureux, peu importe avec qui. En fait, il avait rougi car sa pensée vagabonde s'était égarée sur un sentier qu'il s'efforçait d'ordinaire d'éviter.

     " Et toi, Shin-chan ? " interrogea le bassiste à brûle-pourpoint. " Tu as déjà été amoureux ? Je parie que non, tu es trop jeune… "

     Shinya, écarlate, piqua du nez dans son verre. Kamisama ! Pourquoi posait-il cette question ? Il combattit de toutes ses forces émoussées par l'ivresse l'image qui s'imposait à lui : la haute et mince silhouette d'un certain guitariste trop taquin aux cheveux bruns-rouges…

     Malgré son manque d'expérience, il n'avait pas été sans remarquer certains regards, certains sourires, des attitudes, des gestes pas seulement dictés par la simple amitié. Pas à franchement parler des avances, mais des signaux très clairs. Et auxquels… il avait très envie de répondre par l'affirmative…

     Non, il n'avait aucun problème avec la liaison de ses deux camarades… pour la bonne et simple raison qu'il était lui aussi amoureux d'un autre garçon, s'avoua-t-il en fixant le contenu de son verre.

     Kisaki se leva, vacillant sur ses jambes incertaines, sans voir les regards effarés ou ironiques que les autres clients jetaient sur son étrange tenue :

     " C'est gentil de m'avoir écouté me lamenter sur mon triste sort, " fit-il d'une voix un peu pâteuse en se raccrochant au bord de la table, " mais je crois que tu as assez bu pour ce soir. C'est l'heure de coucher les bébés ! Allez, Shin-chan, je te ramène chez toi… si tu veux bien me rappeler où c'est… "

    

***

 

TOKYO, 2001.

     " Shin-chan, tu n'es pas obligé de tout me raconter… "

     " Maintenant que j'ai commencé, autant aller jusqu'au bout… "

 

***

 

OSAKA, 1996.

     Shinya n'avait pas la moindre idée de la façon dont il avait regagné sa chambre… si toutefois c'était bien sa chambre. Un détail sans importance, comparé à son principal problème : la perte totale du sens de l'équilibre. Il n'eut bientôt qu'une solution pour demeurer à la verticale dans une pièce qui s'obstinait à tourner comme une toupie : se raccrocher au seul point d'ancrage à sa portée, Kisaki. Il se pendit au cou du bassiste, qui connaissait les mêmes soucis de stabilité et entoura de ses bras le jeune homme, autant pour l'empêcher de tomber que pour éviter lui-même de s'écrouler.

     " On est dans un bel état… mais tu en tiens une plus sévère que moi… "

     " Ça tourne, Kisa-kun… " gémit le batteur.

     " Manque d'habitude… Mais si Kyo apprend que je t'ai fait boire, il me tue ! "

     Le chanteur, qui refusait de boire la moindre goutte d'alcool[4], s'était toujours efforcé de protéger le benjamin de l'influence néfaste des trois autres, qu'il qualifiait "d'ivrognes notoires".

     " Kyo n'est pas ma mère ! " grogna Shinya en fermant les yeux pour appuyer son front sur l'épaule de Kisaki, espérant, mais en vain, mettre fin aux pirouettes de son oreille interne. " Oooh ! J'ai mal au cœur… "

     Le bassiste gloussa sans répondre, concentré sur la tâche délicate de traverser la chambre en remorquant son jeune compagnon, le tout sur ses deux pieds et sans avoir à finir le parcours en rampant. Miraculeusement, il parvint jusqu'au lit. Il dut alors secouer Shinya, qui s'était tout bonnement endormi sur son épaule.

     " Shin-chan ! Réveille-toi ! Il faut te coucher. " Puis il éclata de rire en prenant conscience de ce qu'il venait de dire. Il en perdit le peu d'équilibre qui lui restait et ils tombèrent tous les deux sur le lit, le batteur se retrouvant coincé sous Kisaki.

      " Oouuf ! " Cela le réveilla instantanément et il tenta de repousser le corps qui l'écrasait. " Kisa-kun, tu m'étouffes ! "

     Mais le bassiste ne bougea pas. Il semblait soudain très sérieux en plongeant ses yeux bruns dans ceux de Shinya qui sentit son cœur battre plus vite.

     " Tu sais que tu es très mignon, Shin-chan ? "

     Le jeune batteur rougit et tourna la tête.

     " Ne dis pas n'importe quoi… "

     " Non, c'est vrai, " insista Kisaki qui lissa doucement les longs cheveux de feu derrière l'oreille de Shinya. " Tu es vraiment mignon. Même sans maquillage, tu pourrais être une très jolie fille… "

     " Tu es soûl… " protesta l'adolescent en s'efforçant d'oublier son trouble pour le repousser encore. " Et moi aussi je suis soûl. Il faut qu'on dorme… Tu peux rester ici, si tu veux. "

     Mais le bassiste n'écoutait plus. Il se demandait comment il ne s'était pas aperçu plus tôt que cette jeune et mince créature était incroyablement attirante.

     " Shin-chan… "

     Effrayé par ce qu'il lisait dans ses yeux, le batteur essaya encore de se dégager, appuyant des deux mains sur la poitrine de Kisaki qui lui saisit les poignets, les clouant de chaque côté de sa tête. Shinya se débattit en vain. En temps ordinaire, il aurait été plus fort que le bassiste, pourtant plus âgé et plus lourd que lui. Mais l'ivresse avait eu raison des ses forces. Réduit à l'impuissance, il supplia :

     " Lâche-moi… "

" Shin-chan… sois gentil… "

     Kisaki se pencha lentement, cherchant sa bouche. Il voulut résister mais les lèvres du bassiste sur les siennes étaient si douces et si exigeantes à la fois. Et cette étrange chaleur qui l'envahissait… Avec un gémissement plaintif, il capitula, laissant Kisaki prendre possession de sa bouche, l'explorer de sa langue experte. Il ferma les yeux, perdu dans un tourbillon de sensations inconnues. 

Non, c'est mal, je ne dois pas… Die… C'est Die que j'aime… Oh, c'est si bon…

     Ce ne fut qu'un faible sursaut de lucidité. La voix de la raison était de bien peu de poids face à la révélation de son premier baiser. Il ne voulait pas que cela cesse. Die, Kisaki… les deux se confondaient dans son esprit embrumé par l'alcool et il ne savait plus trop qui l'embrassait. Il noua ses bras autour du cou du bassiste, sans réaliser que celui-ci l'avait lâché pour pouvoir caresser le corps frêle qui se cambra sous ses mains. Le jeune batteur gémit encore, le serrant plus fort.

Kisaki n'abandonna sa bouche qu'à bout de souffle, pour parcourir de baisers enfiévrés son visage et son cou. Il sentit battre follement sous ses lèvres une veine au creux de la gorge blanche. Cela suffit à lui faire perdre la tête.

" Shin-chan… J'ai envie de toi… "

Shinya ne parut pas avoir entendu. Il demeurait les yeux clos, la bouche entrouverte, ses mains enfouies dans la longue chevelure du bassiste. Il rejeta un peu la tête en arrière, pour laisser plus de champ aux lèvres brûlantes qui embrasaient sa peau. Mais tout son corps lui semblait également en feu, tendu dans l'attente de… il ne savait pas quoi, juste qu'il mourrait s'il ne l'obtenait pas.

" Embrasse-moi encore… " implora-t-il dans un souffle.

Kisaki ne se fit pas prier et s'empara de la bouche offerte, tout en s'efforçant d'éliminer les obstacles les séparant. D'une main un peu tremblante, il défit les boutons de la chemise du batteur qui n'opposa aucune résistance : il chercha au contraire les fermoirs de la robe de velours, en répondant au baiser avec fougue.

" Tu apprends vite, bébé… " murmura le bassiste en venant à bout du dernier bouton.

Shinya sentit un long frisson le parcourir quand les mains de Kisaki atteignirent enfin sa poitrine, ses doigts traçant des sillons ignés sur sa peau, l'explorant en une lente et douce torture. Il tira plus fort sur les agrafes récalcitrantes, manquant déchirer le velours, et grogna de frustration de ne pouvoir toucher le bassiste qui comprit et rit en s'écartant un peu, juste le temps de se débarrasser de l'encombrant costume de scène. Il ne portait rien au-dessous, à part des collants de dentelle noire et de hautes bottes à plate-forme.

" Tu es pressé, Shin-chan ? Mais nous avons toute la nuit… "

Pour toute réponse, le batteur l'attira à nouveau contre lui, se frottant à sa poitrine nue, ronronnant presque de satisfaction. Kisaki sourit. Il pouvait sentir l'excitation grandissante du garçon. Il avait lui-même beaucoup de mal à se retenir et décida d'abréger les préliminaires. Laissant Shinya parcourir son torse de ses lèvres et de ses mains encore malhabiles, il s'attaqua à la ceinture de son pantalon.

" Iya da[5] ! "

Le batteur se raidit, ouvrant ses yeux troubles emplis de surprise et de crainte. Kisaki le rassura d'un baiser, sa main caressant doucement son visage.

" Chut, bébé, n'aie pas peur… Je sais, c'est la première fois… Tout ira bien, laisse-moi faire… "

Shinya se détendit sous ses caresses et ne protesta plus quand le bassiste le débarrassa du reste de ses vêtements.

" Comme tu es beau… et ta peau est si douce… "

L'adolescent avait la sensation d'avoir été transporté dans un autre monde, une bulle de chaleur et de plaisirs n'existant que pour lui et celui qu'il aimait. Il en avait déjà rêvé, un peu honteux de son attirance et ne sachant surtout pas comment lui faire comprendre. Mais il n'y avait plus de place pour les doutes. Il était dans ses bras, son amour était partagé, et il était enfin heureux.

" Die… "

Un murmure à peine audible, que Kisaki capta pourtant. Il comprit que le jeune batteur, dans sa semi-concience, le prenait pour le guitariste. Il sourit encore : ainsi le petit en pinçait pour la grande perche aux cheveux rouges ? Amusant…

" Oui, bébé… Oui, mon koibito… "

Koibito ! Ce mot fut pour Shinya comme un seau d'eau froide en pleine figure, le dégrisant instantanément. C'est comme ça que… Il se figea, comme il réalisait brusquement : ce n'était pas Die ! Rouvrant les yeux, il se força à distinguer clairement le visage, au-dessus de lui. Ces cheveux blonds-roux…

     " Kisaki ! "

     Les souvenirs de la soirée lui revinrent : la rupture des deux amants, le bar, et ensuite… Terrifié soudain, il voulut repousser l'autre homme. Mais il pesait sur lui, le maintenant fermement d'une main tandis qu'il le forçait de l'autre à écarter les jambes. Shinya tenta vainement de résister.

" Kisaki, non ! Je ne veux pas ! Laisse-moi ! "

" Trop tard pour dire non, bébé ! " rétorqua le bassiste, le souffle court. " N'aie pas peur. Tu vas aimer ça, tu vas voir… "

Non… Pas avec lui… Je ne l'aime pas… et il ne m'aime pas… Die… je veux que ce soit Die…

Des larmes de désespoir et d'impuissance roulèrent sur les joues du jeune batteur. C'était si injuste ! Sa première fois appartenait à celui qu'il aimait, à Die, et Kisaki allait la lui voler. Il allait lui prendre son innocence, souiller son premier amour… et le rendre indigne de la confiance et de l'affection du guitariste.

" Non, je t'en prie, non ! Yamete[6] ! "

Le bassiste ne l'entendait plus. Son visage était tendu, ses yeux réduits à de simples fentes comme ses mains immobilisaient les hanches du garçon, avide de posséder ce corps vierge.

" Iya… "

Un poignard de souffrance transperça Shinya qui ouvrit la bouche pour hurler, mais ce fut un nom qui s'échappa de ses lèvres :

" DIE ! "

 

***

 

TOKYO, 2001.

" Shin-chan, Shin-chan, c'est fini, calme-toi ! "

Toshiya resserra son étreinte, berçant doucement le corps mince secoué de sanglots. Quelque part au cours de sa douloureuse confession, Shinya s'était abattu sur son épaule et il se retrouvait, un peu dérouté, à jouer les consolateurs. Hésitant, il leva la main pour caresser les cheveux du batteur.

" Alors, c'était ça, hein ? Tu as gardé ça pour toi pendant cinq ans, préférant passer pour un monstre insensible pour que Die n'ait pas honte de toi… Tu as choisi de rester seul et d'être malheureux, à cause de ça… "

Il le repoussa un peu, le tenant par les épaules, pour le regarder dans les yeux :

" Pourquoi t'es-tu puni pour quelque chose dont tu n'es pas responsable ? "

Shinya, stupéfait, en cessa de pleurer :

" Tu n'as pas compris ce que je t'ai raconté ? J'ai couché avec Kisaki, j'ai trahi à la fois Die et Kaoru… "

Le bassiste eut envie de le secouer comme un prunier :

" Non ! Tu n'y es pour rien ! K'so, tu étais ivre, sans défense. Il a profité de toi, Shinya, il t'a pratiquement violé ! Tu n'es coupable de rien ! "

Le batteur devint blanc comme un linge. Il détourna les yeux, et de nouvelles larmes s'échappèrent de ses paupières gonflées.

" Tu te trompes, je suis coupable… " Il hésita avant de reprendre, à voix si basse que Toshiya eut du mal à entendre : " Je ne t'ai pas tout dit… Il n'y a pas eu qu'une seule fois… "

Le bassiste le lâcha et le considéra avec surprise :

" Ah ? " fit-il seulement.

" Personne n'a su que je l'ai hébergé, " reprit son camarade sans le regarder. " Ça a duré deux semaines. Il dormait avec moi et… et presque toutes les nuits, nous… " Il ne put finir.

" Tu étais d'accord, ou il t'y obligeait ? "

" Au début, je ne voulais pas… mais il insistait tellement… alors… "

" Tu cédais pour en finir plus vite, ne ? "

Cette fois, Shinya retrouva des couleurs et devint écarlate :

" Hai[7]… "

" Et ensuite ? "

" Kaoru et lui se sont réconciliés et ils se sont remis ensemble… Kisaki… Kisaki voulait continuer, mais j'ai refusé… Je ne pouvais plus… J'avais tellement peur que quelqu'un s'en aperçoive… et je ne l'aimais pas ! Et Die qui continuait à me sourire sans se douter de rien, qui me prenait pour un saint ! "

Il enfouit son visage dans ses mains :

" Oh, Toshiya, j'ai tellement honte ! "

" Il ne faut pas, Shin-chan, ce n'est pas ta faute… "

Le bassiste le reprit dans ses bras, le serrant fort. Le batteur commença par résister avant de se laisser à nouveau aller sur son épaule.

" Tu n'as rien à te reprocher, crois-moi, rien du tout. Kisaki s'est servi de toi, pour passer le temps en attendant que Kaoru lui pardonne. C'est tombé sur toi mais ça aurait aussi bien pu être Die, ou Kyo. "

Bon sang, c'est surréaliste… C'est à moi qu'il se confie et je dois jouer au courrier du cœur, moi qui suis censé coucher avec tout ce qui bouge… J'ai même couché avec Die, et tout à l'heure, on a bien failli…C'est une histoire de fous…

" Pour toi aussi, ça peut s'arranger. Va voir Die, parle-lui. Ça fait si longtemps qu'il t'aime sans espoir. Tu ne crois pas qu'il a le droit de savoir pourquoi ? "

Shinya secoua la tête, refusant encore de se laisser convaincre :

" Je vais lui faire horreur… "

" Qu'est-ce que tu en sais ? Ecoute-moi, Shin-chan, fais-le. Peut-être qu'il te rejettera, oui, mais peut-être pas ? Je sais que moi, je comprendrais. Et Die n'est pas idiot. "

" Mais … " protesta faiblement le batteur.

" Fais-le ! " coupa Toshiya. " Et s'il ne veut vraiment pas de toi, au moins tu seras fixé, au lieu de vivre dans l'incertitude. "

Shinya renifla, à demi-convaincu. Il se redressa et s'essuya les yeux du dos de sa main.

" Je crois que tu as raison… "

" Evidemment ! " Le bassiste afficha un grand sourire plein d'autosuffisance. " J'ai toujours raison ! Tu ne le savais pas encore ? "

Le batteur consentit à sourire.

" Baka… " Puis il ajouta : " Arigato[8]… Totchi. "

" Pas de quoi. C'est aussi pour Die que je le fais. "

Toshiya vit Shinya se raidir, et une lueur s'allumer dans ses yeux.

" Die et toi… vous êtes… très proches… "

Ah… il serait jaloux ? se dit-il, amusé, avant de répondre, très sérieux :

" Oui. Die est mon meilleur ami. Je peux dire qu'il est comme mon grand frère. Et sans lui, je serais peut-être mort. Alors, je veux faire en sorte qu'il soit heureux, pour le remercier de tout ce qu'il a fait pour moi. "

Le batteur s'en voulut aussitôt de ses soupçons et rougit. Il courba le front :

" Toshiya, je… gomen pour tout à l'heure… je me suis jeté à ton cou et… "

" Ce n'est rien, je comprends. Ça fait longtemps… Et avec moi, ce n'est pas la même chose, ne ? "

De son index replié, le bassiste obligea Shinya à relever la tête. Il se pencha et effleura doucement sa bouche. Plus une caresse qu'un baiser, chaste et amicale.

" Tu ferais mieux de rentrer chez toi, Shin-chan, " fit-il en s'écartant. " Après une bonne nuit de sommeil, tu te sentiras mieux. Oublie tout ça, sauf une chose : il faut que tu parles à Die très vite. Je veux vous voir heureux ensemble "

Le batteur s'empourpra à nouveau. Il tenta de changer de sujet :

" Et toi ? Si Kaoru… "

" Chaque chose en son temps. Occupe-toi de ton problème et je me consacrerai au mien. Et tout s'arrangera, Shin-chan, je te le promets. "

Et au lieu de croire à mes propres mensonges, je ferais mieux de suivre les conseils que je donne…

 

***

 

A suivre…

 

 

Aaargh !! Ça a recommencé !! J'ai encore écrit un truc totalement immoral !! Mais c'est pas possible !! Pourquoi ils me forcent à faire ça ? Et pourquoi je suis si ignoble avec ceux que j'aime le plus ? ç__ç

En tout cas, je vous rassure tout de suite, je sais maintenant comment ça va finir. J'ai eu une brutale illumination, et j'ai tout compris !! OUF !!

Mais je n'en dirais pas plus ^^ Hé hé !!

Oyasumi !

 

~Hitomi~

(16/10/01 - 00H50)

 

 



[1] Espèce d'imbécile ! Die, tu es un imbécile !

[2] Chéri, petit ami.

[3] Idiot

[4] Authentique. Kyo est le seul du groupe à ne pas boire. Par contre, il fume… (comme tous les autres, sauf Shinya)

[5] Non.

[6] Arrête.

[7] Oui.

[8] Merci.