Titre : Starless Sky
Auteur : Hitomi
Sujet : Dir en grey
(on va la jouer sérieux, aujourd'hui ^^)
Genre : Indéterminé…
Disclaimer : Je n'ai absolument aucun droit sur qui que ce soit
dans cette fic (hélas), sauf sur le nounours de Kyo, inspiré du mien ^^;;;
Spoiler : Non !
Résumé : La vie
reprend son cours chez les Dir en grey après la réconciliation de Kaoru et
Totchi, mais les problèmes de cœur ne sont pas finis, sauf pour Die et Shinya.
Déclaration de l'auteur
: Ils me cassent les pieds ! J'ai un mal fou à les tenir, cette bande de zozos
! Mais je ne me laisserai pas faire ! Na !
C'est
vrai, quoi…
J'ai
déjà, à ma grande n'honte, collé deux lemons dans cette histoire, ça suffit !
Non
?
Heu…
Me
regardez pas comme ça…
OK,
OK, je vais voir ce que je peux faire…
~Hitomi~
(19/11/01)
Starless sky
par Hitomi
TOKYO, 2001
La première chose qu'il remarqua en
ouvrant les yeux fut un plafond inconnu.
Non, en y regardant de plus près, il lui
semblait vaguement familier, comme un souvenir très lointain, imprécis. Mais où
? Quand ?
Cette grave question l'occupa pendant
deux bonnes minutes, jusqu'à ce que ses paupières s'alourdissent à nouveau. Il
se tourna sur le flanc et s'apprêta à replonger dans le sommeil, dans la douce
chaleur de l'édredon, merveilleusement bien, ses bras passés autour de la masse
tiède serrée contre lui…
Attendez une minute ! Quelle masse tiède
?
Il y a quelqu'un dans mon lit ? Non, ce
n'est pas mon lit ! Mais je suis où ? Et avec qui ?
Il avait peur de savoir, mais il le
fallait. Toshiya rouvrit les yeux en grand.
Une tignasse blonde hirsute…
Kyo !
NON !
Envahi de terreur, il parvint à demeurer
immobile. Surtout ne pas le réveiller !
Non, pitié, non ! Pas ça ! Tout mais pas
ça !
Il rouvrit ses paupières qu'il avait
refermées dans sa panique. Ce n'était peut-être qu'un rêve ? Mais le petit
corps était toujours là, pelotonné contre lui, la tête blonde au creux de son
épaule. Il soupira : un si doux fardeau entre ses bras…
Il en avait si souvent rêvé sans oser
espérer que cela devienne un jour réalité.
Mais non ! se secoua-t-il. Il n'en avait
pas le droit ! Et, d'ailleurs, comment diable cela avait-il pu arriver ?
Comment s'étaient-ils retrouvés dans le même lit ? Et dans la chambre de Kyo,
en plus : il reconnaissait un environnement familier, dans la lumière grise du
petit matin qui filtrait par les rideaux entrouverts.
Bon sang, pourquoi je ne me souviens de
rien ?
Lentement, millimètre par millimètre, il
se redressa un peu et dégagea un bras. Le chanteur grogna dans son sommeil et
se blottit plus fort contre lui. Toshiya se figea, le cœur battant à tout
rompre. Toujours aussi lentement, il écarta l'édredon. Et constata trois
choses.
Tout d'abord, à son incommensurable
soulagement, ils étaient tous les deux habillés, sans aucun signe que le pire
ait pu se produire.
Kamisama dô mo arigato[1]
!
Ensuite, son amnésie s'expliquait
facilement, maintenant qu'il prenait conscience de la sourde douleur qui
martelait son crâne, et de la sécheresse de sa bouche, indices bien connus
d'une monstrueuse gueule de bois.
Oh, ma tête ! Mais qu'est-ce qu'on a
fait, hier soir ?
Et pour finir… Il reposa son regard sur
Kyo, toujours bienheureusement endormi, et se sentit fondre de tendresse. Il
sourit comme ses yeux s'emplissaient de larmes. Le chanteur était si adorable
dans son profond sommeil, il semblait si vulnérable, aussi fragile et innocent
qu'un tout petit enfant. Ses cheveux ébouriffés formaient un halo doré autour
de sa tête et un léger sourire étirait ses lèvres. Sa petite main reposait sur
la poitrine du bassiste, comme une rose à peine éclose.
Kyo… Je le savais. Sous les piercings,
sous les tatouages[2], tu es un
ange…
Malgré lui, il tendit la main pour
écarter doucement une mèche qui retombait sur le front du jeune homme, et
frissonna en effleurant sa peau. Kyo tourna la tête en marmonnant quelque chose
d'indistinct, puis demeura immobile, sa bouche maintenant un peu entrouverte.
Hypnotisé par la vision de ces lèvres fermes à la courbe sensuelle, Toshiya
n'eut même pas conscience de se pencher. Ce ne fut que lorsqu'il sentit la
bouche chaude du petit chanteur sous la sienne qu'il réalisa ce qu'il était en
train de faire.
Mais tu es fou ? Oui, je suis fou, il me
rend fou ! Tu n'as pas le droit ! Mais c'est si dur de résister, et il n'en
saura jamais rien… Non, recule ! Ne le salis pas !
La raison l'emporta finalement sur le
désir et il s'écarta, avec encore son goût sur ses lèvres. Il savait qu'il
fallait qu'il sorte de ce lit, de cet appartement, de la vie du chanteur… mais
il ne pouvait s'y résoudre : Kyo dans ses bras, il se sentait vraiment bien
pour la première fois depuis des mois. Et il éprouvait autre chose encore : un
farouche instinct de protection qui lui interdisait de l'abandonner, qui lui
criait qu'il avait besoin de lui.
Totchi, ne me laisse pas, je ne veux pas
rester tout seul …
Sa voix si plaintive, la veille…
Toshiya fit la grimace en secouant sa
tête douloureuse. Cela lui revenait…
***
TOKYO, 2001. 12 heures plus tôt[3]
Le guitariste écrasa sa cigarette sur la
contremarche et se leva :
" C'est pas que je m'ennuie, les
gars, mais il commence à se faire tard et je n'ai pas très chaud. On rentre ?
Die et Shinya doivent trouver le temps long. "
" Honto ni[4]
? " Kyo eut son petit sourire malin. " A mon humble avis, ils ne
doivent pas penser à regarder la pendule… et ils ont même certainement oublié
que nous avons existé un jour… "
Kaoru sourit à son tour, et même Toshiya
ne put s'empêcher d'en faire autant.
" Ouais, tu as raison. Inutile de
les déranger. Et comme je ne crois pas que vous ayez envie de répéter
aujourd'hui, autant lever la séance. De toute façon, j'ai du boulot en retard
chez moi. Mais que tout le monde soit là demain matin à huit heures précises –
et ça vaut aussi pour toi, Kyo ! – on bossera toute la journée. Je préviendrai
les tourtereaux… à moins qu'on les retrouve là en arrivant ! "
Le chanteur ne rit pas à cette boutade.
Durant le discours du leader, il avait paru se tasser sur lui-même. Quand Kaoru
se tut, il geignit :
" Mais demain, on devait avoir
quartier libre et… "
" Tu ne crois pas qu'on a pris
assez de retard comme ça ? Nous sommes loin d'être au point sur tous les
morceaux et je te rappelle que nous avons un live dans six jours, maintenant.
Tu veux encore te planter, comme la dernière fois ? "
Kyo baissa le nez au rappel de sa
dernière bourde : il avait redémarré trop tôt dans Cage, coupant le solo
de Toshiya[5].
" Ano…[6]
T'as pas tout à fait tort… " reconnut-il du bout des lèvres.
" Heureux de te l'entendre dire !
Alors je compte sur toi pour être à l'heure : huit heures, pas midi ! "
Le blond fronça le nez, baissa la tête
et ronchonna entre ses dents :
" Ça va, j'ai compris : le Chef est
revenu, les vacances sont finies ! "
Le guitariste avait entendu et le
foudroya de son fameux regard
"Je-suis-le-leader-et-pas-de-discussion" :
" Exactement ! On a suffisamment
déconné comme ça, il est grand temps de se remettre sérieusement au boulot. Tu
n'es pas d'accord, Toshiya ? "
Interpellé, le bassiste sursauta. Il
fixa Kaoru, lut dans ses yeux une petite lueur moqueuse qui démentait la
sécheresse de ses paroles, et entra dans son jeu :
" Tout à fait ! Je voudrais bien
pouvoir placer mon solo, cette fois : les filles craquent toutes à ce moment-là
et ma réputation est en jeu si je le loupe ! "
" Ah ! " fit le leader en le
désignant de la main. " Tu vois, Kyo, c'est sérieux ! "
Le chanteur ne répondit pas. Bras
croisés, il boudait.
Kaoru éclata de rire et lui ébouriffa
les cheveux :
" Baka[7],
va ! Allez, à demain ! Ja ne[8],
Totchi ! "
" Ja ! "
Tandis que le guitariste s'éloignait, le
blond cessa subitement de faire la tête et sauta sur ses pieds.
" Tu viens ? Il faut tout de même
retourner au local, j'ai oublié mon portable. "
Toshiya le suivit alors qu'il remontait
l'escalier. Dans le hall, Kyo demanda :
" Ça te dirait un plan resto, ce
soir ? Le genre truc bien gras, désastreux pour la ligne et qu'on mange avec
les doigts ? "
" Hum, " sourit le bassiste,
" si c'est pas diététique, ça ne plaira pas à Shinya[9].
"
" Je n'avais pas l'intention de
l'inviter, " rectifia le chanteur d'un ton neutre, " ni Die non plus…
En fait, je pensais juste à toi et moi. "
" Nani[10]
? " Toshiya en resta bouche bée, se demandant s'il avait bien entendu.
Mais Kyo se mit à rire :
" T'affoles pas, mon grand ! Je
suis pas en train de te filer un rencard ! C'est juste que tu n'as pas bonne
mine, tu n'as presque rien mangé ces jours-ci et il faut que tu te remplumes
avant le concert. Die et Shinya sont hors-circuit pour s'occuper de toi, Kaoru…
heu, aussi. Alors il faut bien que je me dévoue. Et tu connais mes talents de
cuistot, ajouta-t-il avec un rictus explicite. Donc la conclusion s'impose
d'elle-même : je t'invite au MacDo[11]
! "
Le bassiste se remit à respirer : ce
n'était que cela. Il accepta donc. Mais, alors qu'ils se remettaient en route
vers leur salle, quelque chose continuait à le tracasser. Il finit par trouver
: le rire du petit chanteur sonnait faux.
" Kyo ? "
" Hai[12]
? "
" Qu'est-ce qu'il y a vraiment ?
"
Kyo stoppa net et fit volte-face. Il
semblait plus effrayé que surpris.
" Pourquoi tu me demandes ça ?
"
" Parce que j'ai la nette
impression que tu ne m'as pas donné la vraie raison de ton invitation. "
Le visage du blond se décomposa. Il
tenta pourtant son habituel sourire crâne :
" Qu'est-ce que tu vas chercher ?
Tout va très bien ! "
" Kyo, je te connais… et je sais
que tu peux mentir beaucoup mieux que ça ! "
Toshiya souriait mais dans son regard
transparaissait sa sincère inquiétude. Kyo sut la lire et se troubla. Il
détourna la tête en marmonnant :
" Ouais, tu me connais un peu trop…
On en parlera à table, si tu veux bien… "
Puis il entrouvrit sans bruit la porte
du local, passa la tête à l'intérieur et se retourna, ayant repris son masque
de voyou, pour adresser un clin d'œil complice à son camarade :
" J'en étais sûr ! "
souffla-t-il. " Viens voir ! "
" Kyo ! " fit le bassiste
outré. " Ça va pas la tête ? On va pas les espionner ! "
" Tais-toi et viens ! " insista
le blond avec une grimace grivoise. " Notre Reine des Glaces enfin
dégelée, ça vaut le coup d'œil ! Et, franchement, c'est chaud ! "
" Sale voyeur ! " sourit
malgré lui Toshiya qui s'approcha tout de même en dépit de ses scrupules.
Regardant par-dessus la tête du chanteur, il découvrit Die et Shinya dans une
posture plus que compromettante sur le canapé, étendus l'un sur l'autre et
occupés à s'embrasser passionnément. Le bassiste envoya alors une muette prière
de reconnaissance à tous les dieux connus et inconnus, du Japon et d'ailleurs :
au moins ces deux-là avaient trouvé le bonheur.
Il sentit Kyo s'agiter près de lui et
comprit que l'infernal lutin mijotait quelque chose. Il tendit le bras pour le
retenir mais avait réagi une fraction de seconde trop tard : le chanteur lui
échappa et bondit dans la pièce en claironnant :
" Hé bé ! Y en a qui ne s'embêtent
pas ! "
Le batteur et le guitariste firent un
bond sur le divan et se démêlèrent précipitamment, tous les deux du plus beau
rouge, tout en s'évertuant à remettre de l'ordre dans leurs vêtements.
" Putain, Kyo ! " aboya Die,
furieux. " On t'a jamais appris à frapper ? "
Il en fallait plus pour impressionner
l'incorrigible garnement qui poursuivit :
" Dommage que j'avais pas mon
camescope ! On aurait fait un tabac avec une vidéo pareille ! Vous imaginez
l'état des filles ? Ça, c'est du fan service ! "
Shinya dut retenir un guitariste écumant
de rage qui semblait prêt à régler son compte au chanteur, lequel, inconscient
– ou peut-être pas – du danger qui planait sur son existence, continuait, les
poings sur les hanches :
" Bon, de la part d'un hentai[13]
tel que Die, plus rien ne m'étonne ! Mais toi, Shin-chan, tu n'as pas honte de
te livrer à des actes immoraux devant une batterie encore mineure ? "
Et sans laisser au batteur mort de honte
le temps de réagir, il bondit en avant :
" Et SUR mon nounours, en plus !
"
Il empoigna vivement la peluche un peu
écrasée et recula en la serrant farouchement contre lui, vivante manifestation
de la vertu outragée. Malgré sa gêne, le batteur dut dissimuler un petit
sourire derrière sa main. Quant à Die, sa colère retomba d'un coup et il éclata
de rire.
Caché dans le couloir, Toshiya souriait
aussi. Kyo était vraiment dingue… et il ne l'en aimait que plus. Mais il aurait
donné cher pour savoir ce qui le tracassait.
Shinya se dégagea du bras encerclant sa
taille et se leva, toujours aussi rouge :
" Bon… Hé bien, je rentre chez moi.
Konbanwa[14] ! "
Et avant que le guitariste, interloqué,
soit revenu de sa stupeur, il s'était emparé de son manteau et se ruait dans le
couloir, bousculant au passage le bassiste dont il ne parut pas remarquer la
présence.
Die sauta sur ses pieds et se précipita
à son tour :
" Shinya ! Attends ! "
En passant devant Kyo, il lui lança sans
s'arrêter, mais pas vraiment fâché :
" Toi, le parasite, tu me paieras
ça ! "
Il avait déjà franchi la porte – lui non
plus ne fit pas attention à Toshiya – quand le chanteur, souriant jusqu'aux
oreilles, lui cria :
" Hé, Die ! Kaoru a dit qu'on
devait arriver à huit heures, demain ! Alors couchez-vous de bonne heure ! Mais
juste dodo, hein ? Pas de cochonneries ! "
" Connard ! " fut la déjà
lointaine réponse du guitariste.
***
Toshiya attendit d'être attablé avec Kyo
devant une impressionnante pile de nourriture – le chanteur avait vraiment
l'intention de lui faire ingurgiter cinq Big Mac ? – pour tenter de lui
tirer les vers du nez.
" Alors, si tu me disais pourquoi
tu m'as invité ? Réellement ? "
Le blond piqua du nez dans ses frites et
répondit, la bouche pleine :
" Je te l'ai dit : tu as maigri, il
faut que tu manges… "
" Mais encore ? " insista le
bassiste.
Le chanteur parut avoir soudain du mal à
mâcher ses frites. Il les avala avec difficulté, les faisant passer avec une
bonne rasade de Coca-Cola.
" Kyo ? "
Il garda le silence encore un instant,
avant de regarder son ami par-dessus ses lunettes de soleil, suppliant :
" Totchi, s'il te plaît, on ne
pourrait pas parler d'autre chose ? "
" Kyo, tu as promis de tout me dire
dès qu'on serait à table, " rappela Toshiya qui décida d'avoir recours au
chantage : " Si tu ne te décides pas à parler, je monte sur ma chaise et
je crie à tout le monde qui tu es… et il y a au moins trente filles de moins de
vingt ans dans cette salle. Ganbatte[15]
! "
" D'accord ! " se résigna Kyo,
sans même réaliser qu'il aurait pu renvoyer sa menace au bassiste. " Je
n'avais pas envie d'être seul, ce soir. "
Toshiya, qui déballait son deuxième Big
Mac, le considéra avec surprise :
" Megumi n'est pas là ? "
" Non… " hésita le chanteur.
" Elle… elle est chez sa mère… "
" Ah ? Et elle y reste longtemps ?
"
Kyo gardait la tête basse, et Toshiya
commença à être vraiment inquiet. Le blond ôta ses lunettes, qui, de toute
façon, ne servaient qu'à le faire remarquer un peu plus à cette heure tardive,
et leva la main comme pour… s'essuyer les yeux ? Interloqué, le bassiste reposa
son hamburger à peine entamé et tendit la main :
" Kyo ? Qu'est-ce qu'il y a ?
"
Le chanteur eut un brusque mouvement de
recul et Toshiya crut entendre un son étouffé, comme un sanglot. Puis il n'eut
plus de doute : c'était bel et bien une larme qui venait de s'écraser sur le
plateau.
" Kyo ! Shimatta[16]
! Parle-moi ! "
La réponse lui parvint dans un hoquet :
" Elle… elle m'a quitté ! "
Puis Kyo se leva d'un bond, manquant
renverser sa chaise, et partit en courant vers les toilettes.
Le bassiste se dressa à son tour et,
oubliant où il se trouvait, clama :
" Kyo ! Matte[17]
! "
Toutes les têtes se tournèrent vers lui
et il rougit, confus, avant de se rasseoir lentement, renonçant à poursuivre
son ami. A deux tables de là, six adolescentes le dévisagèrent avec insistance
en chuchotant entre elles. L'une d'elles sortit un magazine de son sac et se
mit à le feuilleter fébrilement.
K'so[18]
! la tuile !
Toshiya envisagea un instant de
s'emparer des lunettes de Kyo, demeurées sur la table, conclut qu'il était trop
tard pour jouer à l'homme invisible et arrondit les épaules en faisant mine de
se concentrer à nouveau sur son Big Mac – qui n'avait soudain plus aucun goût
– tout en fixant à travers ses mèches
blondes la porte des toilettes, priant pour que le chanteur émerge très vite de
son refuge.
Kyo… gomen[19]…
Je n'aurais jamais dû poser cette question… Mais comment j'aurais pu savoir ?
Comment aurait-il pu même imaginer que
Kyo et Megumi pouvaient se séparer après presque un an de vie commune et des
fiançailles officielles, bien que secrètes ? Le chanteur n'était jamais très
bavard sur sa vie privée, et il était parvenu à donner le change toute la
journée. Mais, apparemment, l'insistance du bassiste avait fini par faire
craquer la carapace.
Des gloussements étouffés lui firent
tourner discrètement la tête vers la table des filles. Elles se repassaient le
magazine, ouvert à une page qu'elles pointaient du doigt avec excitation, en se
bousculant. Puis l'une d'elles leva la tête et constata que le jeune homme les
regardait. Elle poussa du coude sa voisine et lui chuchota très vite quelque
chose. Elle furent alors deux à le fixer avec un sourire béat.
Kamisama[20]…
Il se détourna et leva la main pour se
gratter la tête, dans l'espoir de se donner une contenance… et se rendit compte
qu'il venait de commettre une erreur fatale : c'était justement la main où il
arborait une bague en turquoise[21],
connue de toutes ses admiratrices. Les gloussements changèrent de registre,
grimpant d'un cran vers le stade du piaillement hystérique de la fan hors de
contrôle.
Manquait plus que ça… Kyo, qu'est-ce que
tu fous ? Reviens, qu'on sorte de ce piège !
Comme en réponse à son ardente prière,
la porte des toilettes se rouvrit et le petit chanteur fit sa réapparition, ce
qui eut pour effet de réduire au silence les jeunes filles qui restèrent à le
contempler avec des yeux ronds. Elles devaient se poser des questions quant à
son expression funèbre. Il revint se glisser à sa place et remit ses lunettes.
Pas assez vite, toutefois : Toshiya avait eu le temps de remarquer ses yeux
rougis et gonflés. Mais il décida de ne pas y faire allusion, pour ne pas
blesser plus avant l'amour-propre de Kyo.
" Il était temps que tu reviennes,
" sourit-il. " Il va falloir qu'on file en vitesse. "
" Pourquoi ? " Le blond
s'était visiblement forcé à manifester de l'intérêt.
" Je me suis fait repérer. Surtout
ne te retourne pas : meute de minettes en rut par tribord arrière ! "
L'ombre d'un sourire erra sur les lèvres
décolorées du chanteur :
" Aïe ! Alors on s'arrache ! "
" Et la bouffe ? C'est que j'ai
faim, moi, finalement ! "
Kyo considéra son repas inachevé d'un
air dégoûté.
" Emmène ce que tu veux. Moi… j'ai
l'appétit coupé… "
Le bassiste hocha la tête en silence et
rassembla deux autres Big Mac et son verre de coca.
" Grouille ! " lui intima le
chanteur qui avait discrètement jeté un coup d'œil autour de lui. " Je
crois qu'il y en a d'autres qui ont pigé. Dans deux minutes, c'est l'émeute !
"
" Qu'est-ce qu'on fait du reste ?
" Toshiya contemplait mélancoliquement ce qui restait sur la table.
" Attends ! J'ai une idée. "
Kyo sortit un stylo de son sac et traça
le kanji[22] de son nom
sur son sachet de frites vide, l'emballage de son hamburger et son gobelet
encore à moitié plein.
" A toi ! " fit-il au bassiste
en lui tendant le stylo.
Commençant à comprendre où il voulait en
venir, Toshiya l'imita, signant en hiragana[23]
ses emballages vides et le papier protégeant son plateau sur lequel le blond
empila ces autographes pour le moins originaux, avec la nourriture restante.
Puis Kyo enleva ses lunettes –
finalement, des yeux rouges lui donnaient l'air encore plus warumono[24]
– et, avec son sourire le plus canaille, il se leva, s'empara du plateau… et
alla le déposer sur la table des adolescentes figées de stupeur.
" Salut, les filles ! Vous nous
aidez à finir ? Toshiya n'a plus faim et je suis au régime ! "
Sans attendre qu'elles reviennent à la
vie, il fila rejoindre son camarade qui se dirigeait déjà vers la sortie.
Derrière lui, des cris commencèrent à se faire entendre, dans le groupe de fans
qui hésitaient entre poursuivre leurs deux idoles ou se partager le butin, et
aussi dans le reste de la salle, où d'autres filles avaient reconnu deux des
membres de Dir en grey.
" On se casse ! " le pressa le
bassiste.
Mais le chanteur n'en avait pas terminé.
Maintenant qu'il était découvert, autant se faire remarquer jusqu'au bout et
ajouter à son mythe : en passant près d'une table occupée par une famille
comprenant une adolescente à l'état d'agitation révélateur, il se pencha pour
déposer sur sa joue un baiser sonore… et lui arracha son milk-shake des mains.
" Tu permets ? "
" Oh ! Kyo-kuuun ! " couina-t-elle,
au bord de l'évanouissement.
Les deux garçons étaient déjà presque à
la sortie. Il était temps. Des filles commençaient à se lever un peu partout,
ayant apparemment décidé de passer à l'attaque, et les employés du restaurant
arboraient des mines inquiètes.
Toshiya poussa la porte. Derrière lui,
Kyo se retourna en levant son milk-shake[25].
Il y eut un flottement dans la salle, tous se demandant ce qu'il allait faire.
Le blond afficha alors son expression la
plus "malade mental" et rugit :
" Avec les compliments de Kyo et
Dir en grey ! "
Et il balança le gobelet de carton à
travers la salle, avant de s'enfuir en éclatant d'un rire démoniaque.
***
Encore secoués de rire, Kyo et Toshiya
s'engouffrèrent dans la voiture du chanteur.
" Je crois qu'on est grillés dans
celui-là aussi ! " commenta le blond.
" T'es vraiment grave ! "
s'exclama le bassiste en bouclant sa ceinture tandis que Kyo tournait la clé de
contact.
" Ouais ! Mais avoue que c'était
drôle ! Tu as vu leurs têtes ? "
" Tu y es peut-être allé un peu
fort, non ? "
" T'en fais pas. Les filles sont
ravies de leur soirée, elles ont de quoi raconter à leurs copines pendant des
mois. Et on leur a laissé de chouettes souvenirs, ne ? "
Toshiya hocha la tête d'un air ironique
:
" C'est sûrement ce que pensent
aussi les types qui sont en train de tout nettoyer… Fallait vraiment que tu
balances ce truc ? "
" Ben, honnêtement, " avoua le
chanteur avec un sourire mi-figue mi-raisin, en démarrant, " j'ai bien
pensé à leur faire un petit trip comme sur scène… mais j'avais pas envie de
salir ma chemise… et j'ai fait gaffe à pas le jeter sur les clients… Enfin,
j'espère…"
" Complètement dingue… "
marmonna le bassiste qui appuya sa nuque sur le repose-tête et ferma les yeux.
Il se sentait soudain vidé. Courir sur quelques mètres jusqu'à la voiture
l'avait épuisé. Kyo a raison, j'ai vraiment besoin de reprendre des forces
ou je ne pourrai jamais assurer le live.
" Tu dors ? "
" Non, je suis juste naze… "
" Tu veux que je te ramène chez toi
? "
La voix du chanteur sonnait très
sérieuse et Toshiya rouvrit les yeux. Kyo faisait mine de s'absorber sur la
conduite.
" Pourquoi ? Tu veux déjà rentrer ?
"
S'il croit s'en tirer comme ça, il se
trompe. Il en a trop dit ou pas assez. Je ne peux pas croire que Megumi l'ait
largué subitement.
" Pas vraiment… " reconnut le
blond avec réticence. " J'ai pas envie… J'ai pas envie de me retrouver tout
seul dans un appart vide… "
" Kyo, tu… " Le bassiste eut
soudain des scrupules. Après tout, cela ne le regardait pas. " Tu n'es pas
obligé de… "
" Non, je veux en parler. Je peux
plus garder ça pour moi, ça fait trop mal. " Le chanteur parlait sans
tourner la tête, concentré sur les autres véhicules, devant lui. " Mais
pas en voiture. On va se trouver un petit bar sympa pour en discuter
tranquillement, ça te va ? "
" OK. "
***
Kyo jouait nerveusement avec ses
lunettes, devant son jus d'orange intact. En face de lui, Toshiya sirotait
lentement sa bière, attendant qu'il se décide à vider son sac. Mais cela
faisait près de vingt minutes qu'ils étaient installés au fond d'une petite
salle mal éclairée et le chanteur n'avait pas encore desserré les dents.
Ce qui fait qu'il tressaillit quand le
blond commença abruptement :
" Elle est partie hier soir !
"
Le bassiste se garda bien du moindre
commentaire et Kyo continua, d'un ton monocorde qui cachait mal sa souffrance.
" Quand je suis rentré de chez toi,
je l'ai trouvée en train de faire sa valise. Sur le coup, j'ai cru que je
faisais un cauchemar. J'arrivais pas à y croire, ni, surtout, à comprendre. Il
ne s'était rien passé entre nous. Je veux dire, on s'était pas engueulés, rien,
même pas un mot plus haut que l'autre. Quand je lui ai demandé pourquoi elle
voulait partir, elle a rien voulu dire. Mais j'ai insisté. On part pas comme
ça, tu comprends, il faut qu'il y ait une raison. Je voulais savoir, je… je ne
voulais pas qu'elle s'en aille ! "
Sa voix dérailla un peu et Toshiya
comprit que les larmes n'étaient pas loin. Il se retint pour ne pas prendre les
mains du chanteur dans les siennes. La salle était sombre, il n'y avait que
deux autres clients, au bar, et personne ne les regardait. Mais l'idée de
toucher Kyo le mettait mal à l'aise, surtout dans ses circonstances. Il aurait
eu l'impression de profiter de son désarroi. Ce ne serait pas aussi facile
qu'avec Shinya.
Shimatta, mais pourquoi ils me prennent
tous comme confident ? Pour Shin-chan, ça allait encore mais lui… Comment je
vais pouvoir sincèrement essayer de lui remonter le moral alors que je n'ai
qu'une envie : me mettre à danser de joie sur la table à l'idée qu'il est…
enfin libre ! C'est dégueulasse… mais c'est vrai…
" Finalement, elle m'a avoué
pourquoi elle partait, " poursuivait le chanteur, toujours tête basse et
les mains jointes sur la table. " C'est… à cause de toi ! "
" Nani ? " sursauta Toshiya,
éberlué.
" Elle n'a pas supporté que je
passe mon temps à m'occuper de toi, cette semaine, et que je ne rentre pas. Bon
sang ! " Kyo secoua la tête, incrédule. " C'est dingue, en l'écoutant
parler, on aurait juré qu'elle était… presque jalouse. Je ne savais pas qu'elle
était comme ça, aussi possessive. C'est fou, on croit connaître les gens et
puis… "
Il essuya ses joues humides. Cette fois,
il ne tenta pas de cacher qu'il pleurait en allant trouver refuge dans les
toilettes.
" J'ai pourtant essayé de lui
expliquer que tu avais besoin de moi, que c'était très grave, elle n'a rien
voulu entendre. J'ai même menti en prétendant que j'avais fait ça uniquement
dans l'intérêt du groupe, que c'était pour ne pas perdre d'un coup le leader et
le bassiste… Ça n'a servi à rien. J'ai eu droit au classique : 'Tu préfères tes
copains à moi' mais dit d'une telle façon… Ouais, une vraie scène de jalousie,
et elle parlait surtout de toi, comme si tu étais… un rival pour elle.
Pourtant, elle a toujours été aimable avec toi…"
A peine. Tout juste polie. Elle me
souriait mais ses yeux étaient hostiles. Est-ce qu'elle aurait senti…?
" J'ai tout essayé pour la retenir,
tu peux me croire, je lui ai juré je ne sais pas combien de fois que je
l'aimais… Et c'est vrai, bon dieu, je l'aime ! "
Cette fois, Kyo éclata franchement en sanglots
et enfouit son visage dans ses mains. C'en fut trop pour Toshiya qui se leva et
contourna vivement la table pour venir s'asseoir près de lui, sur la banquette
de skaï vert sombre. Après avoir hésité, il entoura de son bras les épaules
tremblantes du chanteur.
" Pourquoi elle est partie ?
Pourquoi elle a pas voulu comprendre ? "
" Je ne sais pas…Peut-être parce
que… "
Parce qu'elle ne t'aimait pas vraiment…
En tout cas, pas comme tu le mérites.
Kyo releva lentement son visage baigné
de larmes et fixa le bassiste droit dans les yeux. Il avait l'air d'un petit
garçon terrifié.
" Toi, tu ne me laisseras pas
tomber, hein, Totchi ? Tu restes avec moi ?"
" Bien sûr, " sourit Toshiya
en caressant doucement la joue mouillée. " Je suis là, comme tu as été là
pour moi, et je ne te laisserai jamais tomber, je te le jure. "
Et rarement promesse fut plus sincère.
Apparemment rassuré, le chanteur
esquissa un faible sourire et posa sa tête sur l'épaule de son ami, en
l'entourant de ses bras. Toshiya se mordit la lèvre. Il n'avait pas le droit
d'apprécier cette étreinte. Kyo était trop bouleversé pour savoir ce qu'il
faisait, il ne cherchait que le réconfort d'une présence amicale. Mais le
bassiste ne put empêcher son cœur de s'emballer. Et il était impossible que le
blond ne l'entende pas !
Ils demeurèrent longtemps ainsi. Kyo ne
pleurait plus. Il était aussi immobile que silencieux, à tel point que Toshiya
crut qu'il s'était endormi. Mais le petit chanteur finit par se redresser.
" Arigato[26]
! " souffla-t-il sans lever la tête.
" Dô itashimashite[27]…
"
Kyo prit son verre, qu'il vida d'un
trait. A regrets, le bassiste retourna à sa place et finit sa bière. Puis il
leva la main pour en commander une autre.
" Demandes-en une pour moi. "
" Hein ? Kyo, tu n'es pas sérieux ?
"
Le chanteur évita le regard stupéfait de
son camarade.
" Pourquoi ? Ce n'est pas parce que
j'évite de boire de l'alcool que je n'aime pas ça de temps en temps… "
" N'essaie pas de me raconter des
craques. Tu détestes la bière. Et je ne crois pas que ce soit la bonne
solution. Te saouler ne servirait à rien qu'à te rendre malade, pas à arranger
tes problèmes. "
" Je n'ai qu'un seul problème :
Megumi… Ou plutôt, je n'ai plus de problème, puisqu'elle n'est plus là… Oh, tu
as raison, Totchi, ça ne servirait à rien mais… je ne sais vraiment plus où
j'en suis… Qu'est-ce que je vais devenir, tout seul ? "
Je suis là, moi !
Toshiya avait faillit le dire tout haut.
Il se retint de justesse et se contenta de poser sa main sur celle de Kyo.
" Tu veux que je reste avec toi ?
Je veux dire… si tu ne veux pas rentrer seul… Ou alors tu peux venir chez moi…
"
Le chanteur eut un pauvre sourire :
" Retour à l'envoyeur, ne ? A ton
tour de prendre soin d'un cœur brisé… "
" C'est à ça que servent les amis… "
Il y eut un long silence puis le blond
hocha la tête :
" OK, si ça ne te dérange pas de
m'écouter chialer toute la nuit, bienvenue dans ma galère… "
***
Gasp… Mince, ça finit en sinistrose… Ce
doit être parce que j'écoute la BO du Pacte des Loups…Pas franchement gai…
Bouh ! Pauvre petit Kyo !!!! Mais c'est
un peu à son tour de s'en prendre plein les dents, ne ?
Naaaaaaan,
pas taper !!!!!!! ^^
Je vous jure que ça va s'arranger !!!!!!
(mais comment ? Je voudrais bien le savoir ^^;;;;;)
Oyasumi
!
~Hitomi~
(28/11/01
- 00H30)
[1] Merci mon dieu.
[2] Kyo aurait pu se passer de tout ça pour avoir l'air warumono, à mon avis…
[3] Corinne vous confirmera que je suis une véritable maniaque du flash-back ^^
[4] Vraiment.
[5] Et ce solo est une pure merveille, je l'aime autant que celui d'Akuro no oka.
[6] Le célèbre "Heu…" de Kyo.
[7] Idiot.
[8] Salut, bye.
[9] Shinya est censé faire très attention à son alimentation.
[10] Quoi, hein.
[11] Ça m'étonnerait fort qu'il n'y ait pas au moins un MacDo à Tokyo…
[12] Oui.
[13] Pervers.
[14] Bonsoir.
[15] Bonne chance. (se prononce Ga-m-ba-a-té : au japon le N se prononce M devant B et P, comme chez nous, et , quand une consonne est double, on prononce deux fois la voyelle précédente. C'était la leçon du jour d'Isa-sensei).
[16] Zut, Flûte, m…
[17] Attend.
[18] M…
[19] Pardon.
[20] Seigneur.
[21] Authentique, et elle est très belle.
[22] "Caractères chinois". La plus compliquée des trois formes d'écriture japonaise. Il en existe 1945 de base, sans compter toutes les combinaisons. Je ne dois en lire qu'une vingtaine…
[23] Seconde forme d'écriture japonaise, formée de caractères syllabaires. Celle-là, je la connais par cœur. La troisième, katakana, également syllabaire, sert à écrire en une sorte de phonétique les mots non japonais (le plus souvent anglais). Je la lis, mais c'est pas toujours évident de reconnaître le mot dont il s'agit : je me souviens encore de la crise de fou rire quand, dans le texte de Macabre, j'ai reconnu é-su-ca-ru-go to fo-a-gu-ra : escargots et fois gras… ^^;;;
[24] Méchant.
[25] Je préfère ne pas vous dire ce que Kyo fait avec les milk-shake et les œufs crus, sur scène…
[26] Merci.
[27] De rien.