Titre : Starless Sky
Auteur : Hitomi
Sujet : Heu, la bande
de mecs, là…
Genre : Urgences.
Disclaimer : Ça coûte cher, un groupe de Visual Rock ? ^^;;
Spoiler : Ben
finalement, la fin est peut-être pas encore pour tout de suite…
Résumé : Le concert de
Dir en grey à Kobe a failli s'achever en drame quand Kyo manque de se tuer.
Toshiya l'a sauvé mais s'est gravement blessé à la main…
Déclaration de l'auteur
: Aïeeuuuuuuhhhh !!!!!! Arrêtez de me taper dessus !!!!!! J'y suis pour rien,
moi, c'était un accident ! (Faut avouer qu'en voyant les techniciens démonter
et remonter tout le matos, dans la vidéo, je me suis dit qu'un petit boulon mal
serré… Naaan, pas sur la tête, je l'ferai pluuuus !!!!)
Et
puis je sais que c'est horrible, ce que j'ai fait : blesser un musicien à la
main, c'est le pire !!!! Totchi honto ni gomen !!!!! ç_ç (tu sais que je t'aime,
mon bébé, c'est pour ça que je te fais autant souffrir ^^;;;)
Bon,
là dessus, suivez-moi à l'hôpital, prendre de ses nouvelles…
~Hitomi~
(06/01/02)
par Hitomi
KOBE, 2001
" Pourquoi c'est si long ? "
" Je ne sais pas. Il faut
attendre... "
" Je suis fatigué… "
***
Il ne résiste pas. Il n'a plus envie de
lutter. Son esprit ne se révolte même pas. Il a accepté l'inéluctable.
La chute est interminable…
Il lui semble qu'il glisse depuis des
heures dans les ténèbres. Et c'est presque amusant, un peu comme voler…
Il se demande avec curiosité quel effet
cela fera quand il atteindra le fond de l'abîme. S'il y a un fond.
Peut-être va-t-il tomber ainsi pour
l'éternité ? Sans plus peser, sans plus penser à rien…
Tomber. Lentement.
Rêver. Toujours.
Oublier… oublier… oublier…
" Non ! "
Un cri a traversé la nuit où il
s'enfonce. Mais ce n'est pas sa voix. Il garde les yeux fermés. A quoi bon…
Douleur. Chute qui stoppe brutalement.
Pourquoi ? Il ne ressentait plus rien…
Ses yeux s'ouvrent. Une main s'est
refermée sur son bras. Une silhouette se découpe sur l'obscurité. Un sourire
dans un indiscernable visage.
" Je ne te laisserai jamais partir…
Tu n'as pas le droit d'essayer de me fuir ainsi, ce serait trop facile… "
" Laisse-moi, je ne veux plus souffrir ! "
Il tente de se dégager. Il veut continuer sa plongée dans le
néant.
" Non ! Tu dois rester ! Tu dois revenir ! "
Les derniers mots résonnent,
assourdissants, comme il est ébloui par une insoutenable lumière blanche…
***
" Sensei[1]
! Le patient a repris conscience ! "
***
" Kyo ! Kyo ! réveille-toi ! Voilà le docteur ! "
Le chanteur, qui dormait sur la
banquette de la salle d'attente des Urgences, la tête sur les genoux de Kaoru,
se dressa d'un bond, instantanément réveillé :
" Enfin ! Ça faisait des heures ! "
Il voulut se précipiter vers le médecin
mais le leader le retint :
" Laisse parler Atsushi-san. "
" Mais… "
" Reste tranquille, Kyo. Je sais
que tu es inquiet pour Toshiya, comme nous tous, mais ça ne sert à rien de
s'affoler. "
Le blond lui jeta un regard suppliant
mais garda le silence. Le manager approuva d'un signe de tête avant de demander
au praticien qui les avait rejoint :
" Comment va-t-il, sensei ? "
Le médecin, un petit homme d'une
cinquantaine d'années, jeta un coup d'œil ébahi à la bizarre assemblée : Kyo,
le seul à avoir pris une douche, était 'en civil', mais ses cheveux platine
hérissés en tous sens et son expression hallucinée, due à l'angoisse,
suffisaient à le rendre étrange ; quant aux trois autres, ils avaient gardé
leurs costumes de scène, ce qui leur avait garanti un franc succès à leur
arrivée à l'hôpital, à la suite de l'ambulance qui transportait Toshiya. Il
préféra s'adresser uniquement à Atsushi, qui, en costume-cravate, lui parut le
plus normal des cinq :
" Vous êtes de la famille de
Hara-san ? "
" Je suis son manager. " Et
comme le médecin le regardait, interloqué, il expliqua : " Toshiya, je
veux dire Hara-san, est musicien, il fait partie d'un groupe de rock dont voici
les autres membres. " Il désigna les quatre, derrière lui. " Ils
donnaient un concert, ce soir, et il y a eu un accident. Quant à moi, mon rôle
est de m'occuper d'eux, de tout gérer durant ces manifestations. "
Le petit homme en blouse blanche hocha
la tête :
" Je comprends. " Mais il n'en
avait pas l'air. " Je préférerais toutefois parler à quelqu'un de sa
famille. "
" C'est nous, sa famille ! "
intervint Kyo que Kaoru tira vivement en arrière en lui mettant sa main sur la
bouche.
Négligeant l'interruption, Atsushi
reprit patiemment :
" Ses parents habitent Nagano, et
je ne voudrais pas les inquiéter. Vous pouvez me parler, sensei, je suis
responsable de lui. Et ce sont ses plus proches amis. "
Le regard du praticien passait du
manager au chanteur qui se débattait en silence dans l'étreinte du leader, les
yeux flamboyants au-dessus de la main qui le bâillonnait. Il finit par soupirer
:
" Très bien. Je peux maintenant
vous avouer que vous avons été très inquiets durant un moment. La blessure à la
main est sérieuse mais devrait, à moins de complications toujours possibles,
guérir sans laisser de séquelles importantes… "
Un cri de douleur l'interrompit : Kyo
venait de mordre le guitariste qui le lâcha, et bondit en avant, bousculant Atsushi :
" Qu'est-ce que vous voulez dire ?
Il pourra se servir de sa main, oui ou non ? "
Le médecin fit un pas en arrière,
considérant avec inquiétude le blond échevelé.
" Normalement, oui. Les tendons n'ont
pas été atteints. Plusieurs phalanges sont fracturées et il a fallu lui poser
des attelles après avoir suturé la plaie. Il aura besoin de rééducation, mais
devrait retrouver la presque totalité de… "
" Nani[2]
? 'La presque totalité' ? " éructa Kyo en l'empoignant par les revers de
sa blouse. " Mais vous ne comprenez pas ! Il joue de la basse ! Il lui
faut ses deux mains ! S'il reste handicapé, c'est une catastrophe ! C'est la
fin de sa carrière, et de la nôtre aussi ! "
" Kyo ! "
Die et Kaoru empoignèrent ensemble leur
camarade, l'obligèrent à lâcher prise et l'entraînèrent, le faisant asseoir de
force sur la banquette. Il résista, les poings serrés, hors de lui :
" Mais lâchez-moi ! "
vociféra-t-il sans réaliser qu'il s'était mis à pleurer. " Vous n'avez pas
entendu ce qu'il a dit ? Totchi va… "
Repoussant les deux guitaristes, Shinya
s'assit près du malheureux chanteur et le serra dans ses bras :
" Kyo, Kyo, allons, calme-toi…
" Il parlait doucement, le berçant comme un petit enfant. " Tout ira
bien. Le docteur a seulement dit qu'on ne peut pas encore savoir. Il faudra du
temps, mais tu connais Toshiya : il est fort, il guérira. "
" Shin-chan… " Incapable d'en
dire plus, le blond jeta ses bras autour du cou du batteur et se mit à
sangloter sur son épaule. " Shin-chan, j'ai peur… "
" Je sais, Kyo, je sais. Moi aussi…
" avoua Shinya en caressant doucement le crinière blonde hirsute et en
faisant signe aux deux autres que la crise était passée.
Laissant leur camarade éploré à la garde
du batteur et de Die, Kaoru rejoignit Atsushi qui se confondait en excuses,
plié en deux :
" Gomen nasai, sensei, honto ni
gomen[3]
! Cet incident… "
" Ce n'est rien, " assura le
médecin en rajustant sa blouse malmenée. " J'ai déjà vu pire. Quoique…
" Il baissa la voix : " Il a l'air assez… hum, perturbé. Vous ne
pensez pas que… une aide psychiatrique…? "
" Inutile, " intervint le
leader qui se disait pourtant que ce serait peut-être une bonne idée, même
quand Kyo était dans son état normal, si toutefois il en avait un. " Ce
n'est pas sa faute, il a subi un gros choc : il a failli se tuer en tombant et
Toshiya s'est blessé en le rattrapant. Il se sent responsable. "
" Oh, je vois… Alors, il vaut mieux
qu'il n'entende pas la suite. " Le praticien fit une pause, examina d'un
œil critique le guitariste tout en noir, parut se convaincre que ce grave jeune
homme un peu trop maquillé n'allait pas l'agresser comme l'hystérique
blondinet, et reprit : " Ce qui nous a causé le plus d'inquiétude, c'est
la perte de conscience consécutive à la chute de votre ami… dans un escalier,
c'est bien ça ? " Et comme le manager acquiesçait, il poursuivit : "
Au lieu de revenir à lui, il s'est au contraire enfoncé à la limite du coma.
Durant quelques instants nous avons même… craint de le perdre : son cœur s'est
arrêté et nous commencions à tenter de le réanimer lorsqu'il s'est subitement
réveillé. "
Kaoru sentit son propre cœur se figer
dans sa poitrine, en réalisant la signification de ces paroles : Toshiya avait…
failli mourir ? Pour un simple boulon mal fixé ? C'était tellement incroyable,
tellement… grotesque !
" Mais… " fit-il d'une voix
blanche, devançant la question d'Atsushi, " il va bien, maintenant ?
"
" Oui, rassurez-vous, Hara-san est
maintenant hors de danger. Il se repose... "
" Je veux le voir ! " coupa une voix spectrale.
Les trois hommes se retournèrent pour
découvrir Kyo debout à quelques pas, son visage bouffi et sillonné de larmes
encore plus livide que son maquillage de scène. Il avait tout entendu. Derrière
lui, Shinya et Die affichaient des mines désolées, mortifiés de n'avoir pu le
retenir.
" Je veux le voir ! " répéta
le chanteur en fixant le médecin droit dans les yeux.
Le petit homme, surpris par la profonde
douleur qu'il lisait dans le regard chocolat trop brillant, ne put qu'incliner
la tête :
" Venez. "
Les autres n'osèrent pas les suivre.
***
Kyo avançait comme un somnambule dans le
couloir, à la suite du docteur. Il avait l'horrible sensation d'être toujours englué
dans ce cauchemar qu'il faisait chaque nuit depuis le départ de Megumi. Mais ce
n'était pas un simple mauvais rêve dont il aurait pu se réveiller. C'était bel
et bien l'atroce réalité : Toshiya avait failli mourir. A cause de lui !
Pourquoi ? Pourquoi il m'a sauvé ?
Qu'est-ce que ça aurait changé, si j'étais tombé ? Ce serait mieux pour tout le
monde… Totchi… je suis tellement désolé…
Il frotta ses mains l'une contre l'autre
d'un geste nerveux, comme pour en essuyer d'imaginaires traces de sang… Le sang
de Toshiya… répandu sur le sol de béton gris… inondant sa chemise blanche…
aussi blanche que son visage alors qu'il gisait, inconscient, au pied de
l'escalier…
Lorsqu'il était sorti de la douche sous
laquelle Shinya l'avait poussé, lui laissant à peine le temps d'ôter ses
chaussures et son pantalon, seuls vestiges de sa tenue de scène, il avait
trouvé la loge vide. Plus intrigué qu'inquiet, il était parti à la recherche de
ses camarades… pour plonger en plein chaos : des techniciens couraient en tous
sens, Atsushi aboyait des ordres que personne n'écoutait… Il y avait un
attroupement, au bas de l'escalier : une quinzaine de membres du staff
entourant d'autres personnes baissées parmi lesquelles il avait cru distinguer
la longue chevelure rousse du batteur. Et quelque chose de blanc, sur le sol…
Alors qu'il approchait, il avait été
soudain bousculé par deux infirmiers portant un brancard, suivis d'un médecin
chargé d'une lourde sacoche. La petite foule leur avait laissé le passage et il
avait pu voir… Le bassiste était allongé par terre, les yeux clos, si pâle… et
il y avait tout ce sang… tant de sang…
Kaoru, Die et Shinya, agenouillés autour
de leur camarade, s'était relevés pour laisser la place au médecin. Ils avaient
vu Kyo, figé, les yeux écarquillés d'horreur, la bouche ouverte sur un cri
silencieux. Le voyant vaciller, Kaoru s'était précipité, le rattrapant juste
avant qu'il tombe.
" Ah, non, pas toi aussi ! "
" Qu'est-ce… qu'est-ce qu'il a ?
" avait bégayé le chanteur en se raccrochant à son bras. " Pourquoi
il y a plein de sang ? "
" Il s'est ouvert la main, sûrement
en te rattrapant, et il s'est évanoui en descendant. " Die avait secoué la
tête. Il était aussi blême que Toshiya. " C'est ma faute, je le tenais.
J'aurais dû l'empêcher de tomber… "
Non, c'est la mienne…
Kyo avait insisté pour monter dans
l'ambulance, répétant qu'il ne pouvait pas abandonner son ami. Atsushi avait
fini par céder, voyant combien il était bouleversé, mais l'avait accompagné.
Les autres avaient suivi dans le minibus, sans même se changer, enfilant juste
leurs manteaux par-dessus leurs costumes.
Durant tout le trajet, il n'avait pas
lâché la main valide de Toshiya, le suppliant de se réveiller, d'ouvrir les
yeux, lui demandant pardon. Arrivés aux Urgences, le manager avait dû arracher
les doigts glacés du bassiste d'entre ses mains crispées, pour le conduire de
force à la salle d'attente. Il avait hurlé tandis que les brancardiers
emmenaient Toshiya, implorant en vain qu'on le laisse aller avec lui.
Ensuite… une interminable attente, à
faire les cent pas, à boire café sur café, à fumer cigarette sur cigarette,
pour finir par s'endormir, vaincu par la fatigue et la tension… Et maintenant,
le cauchemar continuait.
Son cœur s'est arrêté… nous avons craint
de le perdre… son cœur s'est arrêté…
Les paroles du médecin tournaient et
retournaient sans cesse dans son esprit.
Son cœur s'est arrêté…
Non…
Son cœur s'est arrêté…
NON !
Il dut faire halte un instant et
s'appuya au mur, combattant le retour des larmes.
Non, ce n'est pas possible… Pas lui, pas
Totchi… Il ne peut pas mourir…
Il se redressa et pressa le pas pour
rejoindre le médecin qui entrait dans une chambre. Il entendit à peine le petit
homme lui dire qu'il ne pouvait rester que quelques minutes, que le patient
dormait et que tout allait bien maintenant. Il ne voyait que la silhouette
allongée, immobile, presque aussi blafarde que les draps. L'aiguille d'une
perfusion – et ce n'était pas un accessoire de scène – plongeait dans le bras
du bassiste dont la main gauche était enveloppée d'un épais bandage.
Il s'avança d'une démarche saccadée,
comme si un autre contrôlait son corps.
" Je vous laisse, " fit encore
le praticien. " Pas plus d'un quart d'heure. Et s'il se réveille, appelez.
"
Kyo ne l'entendit pas sortir. Il se
laissa tomber sur la chaise, près du lit. Le silence aurait été effrayant sans
le bip régulier du moniteur. Le petit chanteur fixa un long moment le
point lumineux traçant une ligne en dents de scie sur l'écran. La preuve que
Toshiya était bien en vie.
Mais Kyo n'en fut convaincu que quand il
eut posé sa main sur la poitrine du bassiste, sentit les battements, puissants
et réguliers, sous sa paume. Comment croire qu'il avait pu s'arrêter, ce cœur
qu'il avait senti cogner si fort lorsque Toshiya l'avait entraîné avec lui sur
la rampe, l'arrachant à la mort ? Ce cœur qui avait paisiblement bercé son
sommeil, la nuit où il avait dormi dans ses bras. Cette merveilleuse musique de
vie ne pouvait s'interrompre ainsi, stupidement.
Toshiya… Pardon…
Avec précaution, il prit dans la sienne
la main inerte du bassiste. Une main qui avait retrouvé sa chaleur alors
qu'elle avait été si froide quand il s'enfonçait dans le néant.
Non, tu n'avais pas le droit de partir…
D'un doigt prudent, presque tremblant,
il écarta une mèche blonde des paupières closes.
Tu ne peux pas partir, Toshiya, tu as
encore tant de choses à accomplir…
Il caressa doucement le beau visage
endormi, si paisible. Puis, levant la main de son ami, il posa sa joue dans sa
paume, sentant à nouveau ses yeux le brûler.
Ce n'est pas juste… Pourquoi c'est toi
qui es là ? Pourquoi c'est toi qui as frôlé la mort ? Pourquoi je ne suis pas
tombé ? Toi tu es beau, tout le monde t'aime, tu as du talent. Alors que moi…
Les larmes qu'il ne put contenir plus longtemps
débordèrent, roulèrent sur ses joues, jusque sur son menton, s'accrochant à la
perle dorée qui y brillait.
Je devrais être à ta place… Je devrais
même être mort. Personne ne me regretterait. Je ne sers à rien…
" Totchi, je suis tellement désolé…
"
Impulsivement, il appuya ses lèvres sur
le dos de la main de Toshiya et se mit à sangloter sans retenue.
***
La sensation était plutôt agréable.
C'était comme flotter dans du coton. Tout était blanc et assourdi, comme dans
les hivers enneigés de son enfance, dans le grand silence de la montagne.
C'était blanc, et il n'aurais su dire s'il avait les yeux ouverts ou fermés.
Mais cela n'avait aucune importance. Il était bien, en paix…
Il se laissa bercer – quelques minutes ?
des heures ? – sans plus penser à rien, dérivant sur son nuage… Un nuage ?
Peut-être était-il mort, alors ? En route pour le Paradis ? Cette idée le fit
sourire : lui, au Paradis ? Ce serait la meilleure ! Non, il n'était sûrement
pas mort, sinon il verrait déjà les flammes de l'enfer[4]…
Mais cette simple réflexion avait
troublé sa paix. Les sensations occultées investirent à nouveau son cocon de
silence blanc. Tout lui revint, brutalement. Un son, répétitif, bref et
agaçant. Il l'avait déjà entendu mais ne parvenait pas à se souvenir où. Et la
douleur… la brûlure cuisante et dont il ne pouvait distinguer le siège. Seule
la vue ne lui fut pas rendue, ses paupières refusant de s'ouvrir.
Puis cela s'apaisa. Le retour aux
perceptions avait été trop brusque et il lui avait fallu se réhabituer. Il
reconnu un bip familier, souvenir lointain et douloureux, qu'il préféra
mettre de côté. Il se concentra sur la souffrance, en remonta le cours pour en
définir la source : sa main gauche. Que lui était-il arrivé ? Pourquoi avait-il
si mal ? Pourquoi ne parvenait-il pas à se souvenir ?
Il sentit autre chose : c'était… mouillé
sur son autre main ? Et il captait maintenant un son étrange. Il lui fallu
plusieurs secondes pour comprendre que quelqu'un pleurait près de lui. Il lutta
alors pour rouvrir les yeux. La lumière pourtant tamisée le blessa mais il ne
les referma pas et tourna lentement la tête, un effort surhumain...
***
Dès que Kyo et le médecin eurent
disparu, Atsushi soupira et annonça qu'il partait à la recherche de nourriture
plus consistante que les friandises du distributeur, demandant si quelqu'un
voulait quelque chose.
Kaoru, plongé dans son énième café,
indiqua qu'il n'avait pas faim. Die ne répondit pas, évitant même de bouger
pour ne pas déranger Shinya qui somnolait sur son épaule, ses longues boucles
cachant à demi son visage.
Le manager s'éloigna, non sans jeter un
regard suspicieux au guitariste et au batteur. Il commençait à se poser des
questions sur la nature exacte de leurs relations extra-professionnelles.
Le leader reposa le gobelet de plastique
sur la table basse où s'en trouvait déjà un nombre impressionnant, sans parler
de deux cendriers débordants de mégots. Il sortit son étui à cigarettes et fit
la grimace en constatant qu'il était vide. Il jeta un coup d'œil à Shinya : le
batteur était si inquiet pour Toshiya qu'il ne s'était même pas plaint que la
salle d'attente était transformée en faubourg londonien.
" Die, il te reste des clopes ?
"
" Non, j'ai filé la dernière à Kyo.
"
Kaoru hocha la tête, rangea son étui et
garda le silence. Ce fut l'autre guitariste qui reprit :
" Tu crois qu'on peut aussi aller
voir Totchi ? "
" Hum, " fit le leader, "
à mon avis, on devrait laisser Kyo seul avec lui. "
" Hé, nous aussi on s'inquiète !
" s'insurgea le brun, mais à voix basse pour ne pas réveiller son
compagnon. " Pourquoi il serait le seul à pouvoir le voir ? "
" Parce que, " répondit
tranquillement Kaoru, " ces deux-là ont beaucoup de choses à se dire. Et
j'espère que cet accident va leur faire tout piger. "
" Huh ? " Die fixa sur lui un
regard ahuri. Il mit un bon moment à comprendre. " Attends… tu ne veux
tout de même pas dire que… Totchi et Kyo…? "
" Kyo, je ne sais pas. Mais Toshiya
est raide dingue de lui… "
" K'so[5]
! " jura le guitariste. " Alors c'est ça qu'il n'a pas voulu me dire,
l'autre jour ! Bon sang, il a vraiment le chic pour se compliquer la vie,
celui-là ! "
" A qui le dis-tu… " soupira
le leader.
" Mais… attends, j'y comprends plus
rien… C'est quoi cette histoire d'habiter chez Kyo, soit disant qu'il était
malade et que Megumi est chez sa mère ? "
" Elle y est, " avoua Kaoru.
" Mais définitivement. "
" Oh, kamisama[6]
! " gémit Die. " Il ne manquait plus que ça ! Quoique… ça arrange
plutôt les choses, dans un sens, mais… Pauvre Kyo. Tu m'étonnes qu'il n'avait
pas l'air bien, ces jours-ci ! "
" Je le savais… " marmonna le
batteur, sans ouvrir les yeux. " J'ai croisé la sœur de Megumi, l'autre
jour, et elle m'en a parlé, croyant que j'étais au courant. Mais comme Kyo
n'avait rien dit, j'ai gardé ça pour moi… "
" Toujours le tact incarné, watashi
no kokoro[7],
" sourit le guitariste en soulevant de l'index le menton de son amant,
pour déposer un tendre baiser sur ses lèvres.
" Heu, Die ! " intervint le
leader. " Sois un peu plus discret, onegai[8].
"
Shinya rougit mais le brun ne se démonta
pas :
" Dôshite[9]
? " fit-il en étreignant ostensiblement son compagnon. " Tout le
monde ici prend mon Shin-chan pour une fille, je ne vois pas pourquoi j'en
profiterais pas un peu. "
" Et Atsushi, tu l'oublies ? "
riposta l'autre guitariste. " Je crois qu'il commence à avoir des doutes.
Et il peut y avoir aussi dans le secteur des journalistes déjà au courant de
l'accident. Tu veux vous voir demain à la une, Shinya et toi ? Romance gay
chez Dir en grey, ça ferait un joli titre ! "
Die haussa les épaules sans répondre,
mais lâcha le batteur qui se redressa en remettant de l'ordre dans ses
anglaises.
" Kao-kun a raison, saiai no[10],
" fit-il en se levant. " Je vais tout de même aller demander dans
quelle chambre se trouve Toshiya, à tout hasard. "
Et il alla se renseigner auprès de la
réceptionniste qui eut bien du mal à lui répondre, réalisant avec stupeur, en
entendant sa voix grave[11],
que cette superbe créature à la longue chevelure rousse, en minijupe et
cuissardes, était un homme.
***
" Kyo ? Kyo, c'est toi ? "
Ce fut un murmure si faible qu'il ne fut
pas certain d'avoir entendu. Hésitant, il releva lentement la tête. Et cligna
ses yeux rougis quand ils croisèrent ceux, encore vagues mais bien ouverts, du
bassiste.
" Toshiya… " souffla-t-il,
presque incrédule. " Tu es réveillé ? "
" Je n'en suis pas très sûr… je me
sens vraiment bizarre… " Les paupières de Toshiya s'abaissèrent à nouveau.
" Tu peux me dire… où on est ? "
" A l'hôpital. " Devançant la
question, le chanteur ajouta très vite : " Ça serait un peu long de tout
te raconter, on verra ça plus tard. Tout va bien maintenant, il n'y a plus de
danger. "
Le bassiste hocha doucement la tête et
demeura silencieux un long moment. Réalisant qu'il tenait toujours sa main, Kyo
le lâcha vivement, soudain gêné.
" Toi, tu vas bien ? "
interrogea enfin Toshiya, pour qui chaque mot semblait être un énorme effort.
" Je me souviens, maintenant… Tu allais tomber… "
" Je vais très bien. Grâce à toi,
Totchi. Je n'ai même pas une égratignure. "
" Tant mieux… j'ai eu tellement
peur pour toi… "
Kamisama ! C'est lui qui s'inquiète pour moi ?
Puis le blessé tenta vainement de
soulever sa main bandée.
" Kyo, j'ai mal… Ma main… qu'est-ce
que j'ai à la main ? "
" Ano[12]…
" Le chanteur hésita, se mordant la lèvre. Son ami rouvrit les yeux :
" Kyo ? Qu'est-ce qu'il y a ?
" Il parvint à lever sa main valide et effleura la joue humide du blond.
" Pourquoi tu pleures ? C'est… c'est grave, n'est-ce pas ? "
" Non ! " Comprenant qu'il
allait s'affoler, Kyo se décida : " Non, ce n'est pas grave. C'est juste
que… Tu vas vite guérir, ne t'en fais pas. Je pleurais juste parce que… je suis
très fatigué et… tu t'es blessé pas ma faute… "
Et parce que j'ai failli te tuer…
" Fais-moi voir… "
Avec réticence, le chanteur obéit. Il
souleva avec mille précaution le membre blessé. Toshiya regarda, sans rien
dire. Puis il referma les yeux et murmura :
" Je pourrai rejouer ? "
" Bien sûr ! " Kyo espéra avec
ferveur que son enthousiasme ne sonne pas trop faux. " Tu n'as rien à
craindre pour ça ! "
" De toute façon, je m'en fous…
"
" Nani ? "
Devant les yeux écarquillés de
stupéfaction du blond, le bassiste confirma :
" Je me fous de pouvoir rejouer ou
non… " Il leva la main comme pour caresser à nouveau la joue du chanteur
mais la laissa retomber en détournant la tête : " Tout ce qui compte, c'est que tu sois sain et sauf.
Si tu étais tombé de cette foutue rampe, je… " Il s'interrompit et ferma
les yeux : " Je suis fatigué… "
" Oui, il faut que tu te reposes…
" La gorge soudain serrée, Kyo avait eu du mal à parler. " Dors, je
reste près de toi. "
Totchi, qu'est-ce que tu as voulu me
dire ?
" Tu le promets ? " murmura
Toshiya, déjà à moitié endormi.
" Il faudra me tuer pour que je te
laisse… "
Les lèvres décolorées du bassiste
s'étirèrent en un pauvre sourire. C'était exactement ce qu'il avait juré au
chanteur, l'année précédente, quand celui-ci s'était retrouvé dans la même
situation. Et il avait tenu parole. Rien ni personne n'avait pu le déloger du
chevet de Kyo durant tout son séjour à l'hôpital.
" Alors je dors… parce que je sais
que tu seras là quand je me réveillerai… "
Il se tut et le blond crut qu'il dormait
mais il souffla encore :
" Tu t'es encore débrouillé pour
que je ne puisse pas jouer mon solo… "
Malgré lui, le chanteur faillit éclater
de rire :
" Baka[13]
! " Il fit une pause, puis : " Tu m'as vraiment sauvé juste parce que
je te dois cinq cents yen ? "
"
Baka… "
Kyo
sourit. Se penchant, il
déposa un baiser léger sur la joue de son ami :
"
Toshiya dô mo arigato[14]… "
Le bassiste ne répondit pas mais avança
sa main valide à tâtons sur le drap. Celle du petit chanteur vint à sa
rencontre.
Quand le médecin entra dans la chambre,
quelques minutes plus tard, il les trouva tous les deux endormis, Kyo la tête
posée sur son bras replié sur l'oreiller de Toshiya, leurs doigts étroitement
entremêlés. Il les considéra un instant, soupira, éteignit le plafonnier et
sortit en refermant la porte sans bruit.
***
" Atsushi-san, je crois qu'on
ferait mieux de rentrer à l'hôtel. On ne sera bons à rien si on ne dort pas un
peu. Kyo va veiller sur Toshiya, il nous préviendra s'il se passe quoi que ce
soit. Nous, on n'a plus rien à faire ici. "
" Tu as raison, Kaoru-kun. "
Le manager étira ses bras engourdis : " Kamisama, quelle nuit ! Et quand
je pense que je vais devoir affronter les journalistes… Qu'est-ce que je vais
bien pouvoir inventer pour qu'ils ne mettent pas le siège devant l'hôpital ? Et
les fans ? "
" Vous y réfléchirez après avoir
dormi. " fit le guitariste qui se leva et remit son manteau, se dirigeant
vers la porte de la salle d'attente.
" Hé ! Il faut attendre Die et
Shinya. Où sont-ils? "
" Sûrement en train d'essayer le
plus proche placard à balais… " marmonna le leader entre ses dents.
" Qu'est-ce que tu as dis ? Je n'ai
pas compris. "
" Rien, laissez tomber…
Attendez-les si vous voulez, je rentre en taxi. "
***
" Die ! Tu es fou ! Pas ici,
quelqu'un pourrait entrer ! "
" Et alors ? Ils te verront et
sauront ce qu'ils perdent ! "
" Die, non ! Attends au moins qu'on
soit rentrés à l'hôtel… "
" C'est maintenant que j'ai envie
de toi. Allez, Shin-chan, kudasai[15]…
"
" Non… "
" Tu sais que tu es rudement
excitant dans cette tenue ? "
" Mmmm, Die… "
Le guitariste remonta la jupe de Shinya
sur ses hanches en s'emparant de sa bouche. Le batteur avait déjà totalement
oublié pourquoi il protestait…
***
Gasp ! Mais j'ai presque tué mon mamour,
moi !!!!! Arg, comment j'ai pu faire ça ??? ç___ç *pas taper*
Ano… je décline toute responsabilité
pour le dernier paragraphe ! C'est pas moi, c'est eux ! Ils s'étaient retenus
tout le chapitre et paf ! J'ai rien pu faire !
Kamisama ! Pourvu que Kyo et Totchi ne
soient pas comme ça !!!!!!
Si toutefois ils arrivent à se
comprendre… En plus, figurez-vous qu'une fois de plus, ça n'a pas du tout
tourné comme je l'avais prévu… *long soupir découragé*
Enfin…
Bon, je remercie le double CD Les Voix des Cathédrales pour son
aide et son soutien. Je sais, ça peut paraître bizarre d'écrire une fic yaoi
Visual Rock sur des chœurs d'église, mais je peux vous garantir que l'Agnus
Dei de Barber, ça a été hyper efficace pour écrire des scènes tristes,
et surtout le réveil de Toshiya.
J'en profite pour prier un coup :
"Mon Dieu, qui que vous soyez, faites que ce binz se débloque rapidement.
Arigato. "
Et oyasumi.
~Hitomi~ (10/01/02 - 23H55)
[1] Terme de respect pour s'adresser à un médecin, un professeur… Se traduit ici Docteur.
[2] Quoi.
[3] Je suis désolé, docteur, je suis vraiment désolé !
[4] Les notions de paradis et d'enfer à l'occidentale sont sans doute abstraites pour un Japonais. Mais ne connaissant pas grand-chose des croyances nippones, je préfère m'en tenir à ce que je connais.
[5] Cinq lettres
[6] Mon dieu
[7] Mon cœur.
[8] Je t'en prie, s'il te plaît.
[9] Pourquoi.
[10] Mon amour.
[11] Avec Kaoru, c'est Shinya qui a la voix la plus grave des cinq.
[12] Heu…
[13] Idiot.
[14] Merci beaucoup. Avec même une notion de beaucoup encore plus forte.
[15] S'il te plaît.