Titre : Starless Sky

Auteur : Hitomi

Sujet : Mamour et ses copains…

Genre : Réconciliations… peut-être…

Disclaimer : Bla-bla pas à moi, bla-bla pas de pognon avec, bla-bla ouin…

Spoiler : Je vais finir par supprimer cette ligne…

Résumé : Peut-on dire que ça s'arrange ? Kyo et Totchi ne se sont pas vu depuis "l'incident" et Die et Shinya se sont disputés…Mais Toshiya doit aller à l'hôpital faire enlever ses attelles et Kyo, fidèle à sa promesse, se retrouve devant lui…

Déclaration de l'auteur : Etrange que j'écrive un passage se déroulant dans un hôpital alors que ma maman s'y trouve aussi…(mais rien de trop grave) Bref, on va essayer de rabibocher nos couples un peu éparpillés ^^;;;;;; Pour deux des zozos, ça ne devrait pas être trop difficile. Pour les deux autres… *soupir*

~Hitomi~

(18/02/02)

 

 

 

Starless sky

 

par Hitomi

 

 

 

Chapitre 20

 

 

 

TOKYO, 2001

"Alors, sensei ?" demanda le blond à qui le médecin jeta un coup d'œil désapprobateur. Il semblait se demander ce qu'il faisait là, à s'agiter nerveusement sur sa chaise près du patient – très beau, mais au regard si mélancolique – qui  lui avait été adressé par son confrère de Kobe. Ignorant le jeune homme gigotant, il alluma le négatoscope et y plaça une radio.

Toshiya retint sa respiration, dans l'attente du verdict. Il avait beau être certain du pire, il ne pouvait s'empêcher d'espérer, tout au fond de lui, que peut-être… Il eut un imperceptible signe de tête et regarda, pour la première fois depuis son entrée dans le cabinet, sa main gauche, enfin débarrassée des armatures qui la maintenaient depuis plus de trois semaines, posée sur la table d'examen devant laquelle il était assis. Il n'osait pas encore la bouger. La sensation de vide, de légèreté, était assez curieuse…

Le médecin ne lui avait presque rien dit en lui ôtant ses bandages et en faisant la radio. L'homme paraissait irrité, mais il semblait que la présence de Kyo en était la cause. Il fallait dire que le petit chanteur ne tenait pas en place et avait commencé par le bombarder de questions, tant et si bien que le praticien lui avait intimé de s'asseoir et de se taire, ou de sortir. Le blond se l'était tenu pour dit, et demeurait maintenant aussi sagement que possible sur son siège – en fait il se tortillait en marmonnant entre ses dents.

Le médecin se retourna et Toshiya déglutit péniblement. Il crispa sa main valide sur le rebord de sa chaise… et tressaillit en sentant les doigts de Kyo glisser sur les siens. Sans le regarder, il hésita, puis retourna sa main et leurs doigts s'entremêlèrent en une rassurante étreinte. Le bassiste osa alors un regard en coin vers son camarade et le vit lui adresser un sourire confiant. " Tout ira bien, " articula-t-il silencieusement. Toshiya acquiesça faiblement, sans avoir le courage de sourire en retour.

"Ne, Hara-san," commença alors le médecin, attirant leur attention. Ils le virent froncer les sourcils, sans doute à la vue de leurs mains jointes, mais il se contenta d'annoncer : "Les fractures des phalanges sont parfaitement ressoudées. De ce côté, tout est en ordre. Quant à la plaie, la cicatrisation n'est pas encore totale, mais ne nécessite plus de soins particuliers, juste quelques précautions durant encore environ une semaine."

"Et… pour la rééducation ?" interrogea le bassiste avec hésitation, encouragé par une pression des doigts du chanteur.

"Nous allons voir cela."

Le médecin se rapprocha de la table et procéda à un minutieux examen du membre blessé. Puis il demanda à Toshiya de plier les doigts. Le bassiste se raidit, sa main valide se crispant sur celle du blond. Il serra les dents et obéit. Ses doigts, demeurés si longtemps sans bouger, refusèrent tout d'abord de se courber. Avec une grimace douloureuse, il insista, et fut récompensé en les voyant bouger de quelques millimètres.

"C'est très bien," l'encouragea le praticien. "Encore un peu."

"Ça fait mal… et ça tire sur ma paume…" gémit Toshiya, qui poursuivit néanmoins ses efforts, pour réussir à fermer à moitié sa main.

Le médecin parut satisfait et parvint même à dissimuler son agacement quand Kyo poussa une exclamation joyeuse, saluant le succès de son camarade.

"Bien, cela suffit," déclara-t-il, et le bassiste soupira de soulagement. "C'est parfait, vous pourrez commencer la rééducation dès demain. Avec un entraînement régulier, vous devriez retrouver le total usage de votre main d'ici à quelques semaines, quelques mois tout au plus."

Toshiya ouvrit la bouche, mais aucun son n'en sortit. Il allait vraiment guérir ? Quelque chose en lui refusait encore d'y croire. Ce fut le chanteur qui demanda :

"Honto ni ? Il pourra se resservir complètement de sa main ? C'est très important, vous savez, sensei, sa carrière en dépend !"

"Quelle est votre profession ?" L'homme continuait à ignorer l'intrus.

"Musicien," répondit Toshiya. "Je suis bassiste dans un groupe de rock…"

Ils devinèrent la surprise du médecin à son air, et aussi qu'il ne semblait pas prendre ce "métier" très au sérieux. Kyo ne put s'empêcher d'intervenir encore :

"C'est important," répéta-t-il. "On est des professionnels, vous savez. Vous avez peut-être entendu parler de Dir en grey ? C'est nous !"

L'expression du praticien changea :

"Il me semblait bien vous avoir déjà vu … Surtout vous," s'adressa-t-il enfin au blond.

"Vous nous connaissez ?" s'étonna le chanteur, légitimement surpris qu'un homme de cet âge soit seulement au courant de l'existence du Visual Kei.

"J'ai des jumelles de seize ans," avoua alors le médecin, d'un air si accablé que Kyo faillit lui présenter ses condoléances. Il se retint de justesse et se contenta de lui proposer un autographe en remerciement quand il leur confirma que, avec de la patience et des exercices réguliers, Toshiya serait bientôt capable de rejouer.

 

***

 

Tandis que Kyo accompagnait Toshiya, les trois autres étaient restés dans la salle d'attente. Die s'était assis près de Kaoru qui le séparait de Shinya. Un lourd silence pesait depuis lors.

Le leader semblait pensif depuis un bon moment. Il finit par se lever :

"Je vais chercher un café," déclara-t-il en s'éloignant, laissant les amoureux fâchés en tête-à-tête.

Kaoru parti, le silence se fit encore plus écrasant. Le batteur gardait les yeux fixés sur le mur, en face de lui. Il n'en était pas moins pleinement conscient de la présence de son compagnon… et du malaise évident de celui-ci. Le guitariste ne cessait de remuer sur son siège en lui jetant de fréquents coups d'œil. Il lui tendait la perche. Mais Shinya n'était pas décidé à faire le premier pas. Il demeurait impassible et silencieux.

Die finit par craquer. Il changea de chaise, réduisant une partie de la distance qui les séparait, et prit son courage à deux mains :

"Shin-chan…"

Comme s'il n'attendait que cela – et c'était effectivement le cas –, le batteur tourna la tête vers lui, l'air interrogatif et comme presque étonné :

"Hai, Die-kun ?"

Encouragé par cette réaction positive – il s'était attendu à être ignoré, voire éconduit –, le guitariste reprit :

"Shin-chan, je…" Il s'interrompit et parcourut la salle du regard : il s'y trouvait une demi-douzaine de personnes, qui toutes semblaient plus ou moins les trouver bizarres. "Ano… si on allait parler dans un endroit plus tranquille ?"

Shinya acquiesça et ils quittèrent la pièce, pour se retrouver dans un long et large couloir aux murs blancs, où se croisaient patients et membres du personnel soignant. Die se demanda s'il devait chercher une pièce vide – et ne put s'empêcher de repenser à cette fameuse nuit, à Kobe, après l'accident. Il avait honte de son comportement, maintenant. Son compagnon avait raison, ce n'était vraiment pas un endroit pour… Mais il n'avait pas trouvé d'autre moyen pour chasser son angoisse et la tension de toutes ces heures d'attente, sans parler de ce qu'il avait ressenti en apprenant qu'ils avaient  failli perdre leur ami…

"Die ?" Il se retourna et vit le batteur lui indiquer une porte donnant sur l'extérieur : "Allons dans le jardin. Il fait trop froid pour que les malades s'y promènent. Personne ne nous dérangera."

Sans dire un mot, le guitariste le suivit et bientôt, ils avançaient en silence sous les arbres d'où tombaient les dernières feuilles. Le brun se demandait comment engager la conversation. Shinya se contentait d'attendre qu'il parle.

Un coup de vent fit frissonner les branches dénudées et Die saisit ce prétexte :

"Tu n'as pas trop froid ?"

"Non, ça va…" répondit le batteur en remontant son col qu'il maintint fermé de sa main gantée.

"Shin-chan, je…" Le guitariste inspira un grand coup, se tourna vers son compagnon et se lança : "Je te demande pardon ! "

Shinya ne répondit pas, se contentant de le regarder. Son visage n'exprimait absolument rien. Incertain, Die hésitait à poursuivre. Au moins, il ne s'est pas mis en colère. Mais avec lui, on ne pouvait jamais être sûr de rien.

Ils restèrent un long moment face à face. Puis Shinya parla enfin :

"Pour quelles raisons ?" demanda-t-il d'une voix neutre.

Il a l'intention de me punir en faisant celui qui ne comprend pas et en m'obligeant à me traîner à ses pieds ? Eh bien… si c'est ce qu'il faut faire pour qu'il me pardonne, je le ferai…

"Tu sais pour quelles raisons," rétorqua le guitariste. "Parce que je suis stupide, coléreux et borné ! Parce que j'ai honte de tout ce que je t'ai dit ! Et parce que je t'aime et que je suis complètement paumé sans toi !"

Puis il attendit, baissant la tête sous le regard de son amant, qu'il ne vit pas sourire :

"C'est vrai," prononça doucement le batteur.

Die releva les yeux, interloqué :

"Qu'est-ce qui est vrai ?"

"Tu es stupide, coléreux et borné… Je suis heureux que tu le reconnaisses…"

"Shin-chan…" commença le brun mais son compagnon poursuivait, de sa façon implacable qui ne laissait aucune chance à ses adversaires :

"Je suis également satisfait que tu reconnaisses tes torts. Tu es si préoccupé de protéger Toshiya envers et contre tout que tu ne réfléchis pas aux conséquences.  Mais le problème, vois-tu, c'est que je suis aussi obstiné que toi… et également jaloux de votre amitié. Je n'ai pas supporté que tu prennes son parti contre moi. Je suis responsable aussi," finit-il par admettre avec un triste sourire : "Si je ne l'avais pas fait pleurer, rien ne serait arrivé. Tu avais le droit de me le reprocher."

"Non !" s'insurgea le guitariste. "C'est ma faute, j'ai été ridicule ! Je n'ai même pas cherché à savoir ce qui s'était passé. Je n'aurais pas dû me mettre en colère et te crier après comme ça."

"Et moi je n'aurais pas dû te parler comme je l'ai fait… ni te dire de partir… Gomen nasai…"

"Tu n'as pas à t'excuser ! Tu n'as fait que te défendre et j'avais vraiment dépassé les bornes ! Tu avais le droit de…"

Die commençait à s'échauffer et Shinya sourit à nouveau en posant une main apaisante sur son bras :

"Die-kun… On ne va tout de même pas recommencer à se disputer pour savoir qui est ou non responsable de la dispute précédente ?"

Le guitariste resta la bouche ouverte. Le batteur avait raison, réalisa-t-il. Il se comportait vraiment comme un idiot. Honteux d'être aussi infantile, il se laissa tomber à genoux devant son compagnon stupéfait, jetant ses bras autour de sa taille et se serrant contre lui :

"Gomen ! Pardonne-moi, mon koi ! Je ne suis qu'un pauvre imbécile ! Je ne te mérite vraiment pas !"

"Die…" balbutia Shinya en posant sa main sur les cheveux hirsutes, sans trop savoir comment réagir. Son amant leva sur lui des yeux brillants de larmes :

"Pardonne-moi, mon ange ! Et reprends-moi. Je n'en peux plus d'être séparé de toi ! Je deviens dingue !"

Le batteur sentit ses yeux le piquer à son tour. Le désespoir de Die lui déchirait le cœur. Et il s'était senti si seul depuis cette absurde dispute, si malheureux… comme s'il revivait son ancien cauchemar de solitude glacée.

"Die, saiai no…" Il plongea son regard clair dans les yeux bruns en attente et sourit tendrement : "Je te pardonne… mais relève-toi, je t'en supplie, on pourrait nous voir !"

Le guitariste sourit aussi à travers ses larmes et se remit sur ses pieds. Ce qui n'améliora en rien la situation car il enveloppa son compagnon de ses bras, l'attirant contre lui en une étreinte révélant combien il avait craint de le perdre :

"Shinya, aishiteru…"

Le batteur ne résista pas, ses bras revenant tout naturellement se nouer autour du cou de son amant :

"Die, il fait si froid, la nuit, sans toi…"

Oubliant où ils se trouvaient, ce fut lui qui chercha la bouche de Die, retrouvant avec délice sa douceur, son goût qui lui avaient tant manqué. Comment avait-il pu survivre trois jours sans lui, sans ses bras, sans cette fusion totale de leurs âmes qui seule, lui donnait la sensation de vraiment vivre ?

Pour une fois, ce fut le brun qui garda la tête froide. Bien que savourant à sa juste valeur ce baiser de réconciliation, il finit par repousser son compagnon :

"Je croyais," sourit-il malicieusement, "qu'il ne fallait pas qu'on nous voie ?"

Le batteur rougit et enfouit son visage contre son cou :

"Tant pis… Ça faisait trop longtemps…"

"Je sais… Allons viens, rentrons. J'ai hâte de savoir ce qu'à dit le docteur."

"Moi aussi."

Ils firent demi-tour, le guitariste entourant de son bras les épaules de Shinya qui glissa le sien autour de la taille de son amant. Ils marchaient lentement, pour ne pas avoir à se séparer trop vite, maudissant les conventions qui les empêchaient de montrer leur amour au grand jour.

"Shin-chan," reprit Die au bout de quelques minutes, "je dois te remercier."

"Pourquoi ?" s'étonna le batteur.

"Pour être resté avec Totchi malgré mes conneries…"

"C'était normal. Ce n'était pas sa faute, il lui fallait quelqu'un pour s'occuper de lui et je n'allais tout de même pas le laisser tomber dans l'état où il est, ça l'aurait achevé… Et moi aussi," ajouta Shinya, "je dois te remercier t'avoir amené Kyo. C'était très important pour Toshiya."

"Je n'y suis pour rien !" se défendit le brun. "C'est lui qui a eu l'idée de venir. Je n'ai fait que l'encourager à se rabibocher avec Totchi… En fait," avoua-t-il avec une grimace mi-figue, mi-raisin, "ma première idée, c'était de l'assommer… et d'en faire autant avec Kaoru qui m'a obligé à venir jouer à la nounou… Mais tu connais notre warumono : impossible de lui résister quand il te fait ses yeux de chiot battu…"

"Je sais," sourit le batteur qui ajouta plus sérieusement : "Espérons seulement qu'ils vont se réconcilier."

 

***

 

"Si vous ne vous êtes pas trompés de numéro, vous vous trouvez bien où vous vouliez être, mais je ne suis pas là. Vous connaissez la marche à suivre… Bip !"

Avec un soupir, Kaoru raccrocha le combiné. Il tombait régulièrement sur son répondeur, ces derniers temps… Au moins, il entendait sa voix…

Sur le point de s'éloigner, il se ravisa, redécrocha le téléphone mural et composa un autre numéro. Le correspondant répondit presque aussitôt.

"Junji ? C'est moi…" Il sourit : "Je sais que ça ne fait que deux heures mais ce n'est pas pour ça que… Oui, je voulais savoir ce qu'ont dit Aki et les autres… Ils sont d'accord ? Sugoi ! Dis-leur que je les remercie de bien vouloir te prêter à Dir en grey… Oui, je suis à l'hôpital mais je ne sais encore rien, Totchi est toujours avec le médecin… Ne t'en fais pas, je te tiens au courant et je te dirai quand on démarrera les répètes…. OK, vieux, et encore merci…" Il hésita puis ajouta : "Junji ? Tu fais quoi, ce soir ?"

 

***

 

"C'est formidable, Totchi ! Tu vois bien que tu n'avais pas de raisons de t'inquiéter. Je te l'avais dit  : tu seras vite guéri !"

Toshiya se contenta d'acquiescer sans répondre. Il se sentait un peu perdu, en sortant du cabinet. Il ne croyait pas encore à sa totale guérison. Et il se demandait quoi faire de sa main gauche, maintenant qu'il ne devait plus la porter en écharpe. Le médecin lui avait recommandé de recommencer à s'en servir, mais sans forcer, et il craignait d'en faire trop et de se blesser à nouveau. Autre chose aussi le tracassait : l'enthousiasme de son camarade sonnait faux. "Avant", il le savait, le petit chanteur n'aurait pas hésité à lui sauter au cou, au lieu de juste lui parler. Avec un grand sourire et une joie sincère, certes. Mais ce n'était pas une véritable "réaction à la Kyo", bondissante et exubérante. Je ne dois pas me faire d'illusions, rien n'est plus pareil, entre nous. S'il est venu, c'est uniquement parce qu'il tient toujours ses promesses, c'est tout.

Le couloir était pratiquement désert, à part deux ou trois personnes pressées qui ne leur accordèrent aucune attention. Ils retournaient vers la salle d'attente, pour annoncer aux autres la bonne nouvelle. Mais le bassiste ralentit le pas, réticent à les retrouver.

Il est à côté de moi… Je n'y croyais pas quand je l'ai vu arriver… mais il est venu. Peu importe la véritable raison, il est là… Il m'a tellement manqué…

 Le blond s'aperçut qu'il le distançait et se retourna :

"Totchi ? Qu'est-ce que tu fais ?" Il le rejoignit. " Tu es fatigué ? C'est normal, c'est la première fois depuis des semaines que tu sors aussi longtemps." Il lui tendit la main : " Allez viens. On va récupérer les autres et on rentre à la maison."

Toshiya fixa la main tendue. Il brûlait d'envie de la prendre, comme un peu plus tôt, quand Kyo l'avait réconforté. Durant ces quelques instants, la glace qui enserrait son cœur lui avait semblé fondre. Mais elle s'était vite reformée.

Je ne peux pas…

Il s'était senti poignardé par ces simples mots : A la maison. Le chanteur avait-il conscience de ce qu'il venait de dire ? Comme s'il s'imaginait qu'ils allaient pouvoir encore vivre ensemble. Le bassiste détourna les yeux :

"J'ai… j'ai demandé à Shinya de me ramener chez moi," fit-il, chaque mot une véritable torture.

La main de Kyo retomba. Il paraissait effondré :

"Nani ?" parvint-il à articuler.

"Je vais retourner chez moi," répéta Toshiya en levant sa main blessée pour confirmer ses propos : "Maintenant, je n'ai plus besoin qu'on me soigne ni qu'on m'aide. Je peux me débrouiller tout seul. Alors je rentre. Je… je passerai ces jours-ci reprendre mes affaires. Merci de t'être occupé de moi… "

Il voulut se remettre en marche mais le blond sortit de sa torpeur et lui saisit le poignet :

"Matte !" Il secoua la tête, une expression douloureuse sur son petit visage blême : "Je ne comprends pas… Pourquoi tu veux partir ? Je pensais…"

"Je te l'ai dit." Le bassiste persistait à éviter son regard. "Je n'ai plus besoin d'aide. Alors je ne veux pas te déranger plus longtemps."

"Me déranger ?" Visiblement, il semblait se demander si son camarade n'était pas subitement devenu fou. "Mais, je croyais que tu serais…  Enfin que tu resterais avec moi…"

"Pour quelle raison ?" lâcha froidement Toshiya en se dégageant des doigts crispés du chanteur qui se troubla :

" Mais parce que… enfin, je voulais dire… à cause de… ce qui s'est passé…"

Le bassiste se détourna :

"C'était une erreur, tu le sais aussi bien que moi. Jamais nous n'aurions dû…"

"Tu regrettes ce que nous avons fait ?" La voix de Kyo sonnait rauque, comme s'il était au bord des larmes.

"Oui !" Celle de Toshiya paraissait dure, froide, impersonnelle, pour mieux cacher qu'il était lui aussi bouleversé.

"Je te dégoûte, c'est ça ? Tu es habitué à mieux qu'un nain comme moi !" Le blond tremblait maintenant de colère et de chagrin. Il réalisait qu'il s'était trompé, que Die et Kaoru avaient tort : le bassiste n'éprouvait rien pour lui et n'avait jamais voulu se réconcilier avec lui. Ce qu'il avait cru lire dans ses yeux à son arrivée, ce n'était pas la joie de le revoir, mais le simple soulagement de ne pas être seul pour affronter le médecin.

"Non !" Toshiya se retourna vivement. "Non, tu ne dois pas dire une chose pareille ! Ça n'a rien à voir avec toi. Tu es quelqu'un de formidable et c'est justement pour ça que…" Il s'interrompit et baissa la tête : " Je ne peux pas rester avec toi. Je n'en suis pas digne… Trouve-toi quelqu'un de mieux que moi et qui te rendra heureux..."

Le chanteur ne pouvait croire ce qu'il venait d'entendre. Trouver quelqu'un de mieux ? Il aurait voulu crier : Mais je ne veux personne d'autre ! Juste toi ! Je ne peux pas être heureux sans toi ! Au lieu de cela, il balbutia :

 "Totchi, je ne comprends rien à ce que tu dis… mais je ne veux pas que tu t'en ailles… je veux que tu restes avec moi !"

"C'est impossible…" Les yeux maintenant brûlants, le bassiste serra contre lui sa main blessée, comme si elle le faisait encore souffrir. "Crois-moi, c'est bien mieux comme ça. Tu as eu raison de partir. Je ne peux rien t'amener de bien."

Il s'écarta mais n'eut pas le temps de faire trois pas.

"Non !" Kyo se jeta contre son dos, l'entourant de ses bras, le serrant à lui faire mal. "Non, reste avec moi ! Tu ne peux pas partir, tu as encore besoin de moi ! Et moi aussi j'ai besoin de toi ! Ne me laisse pas !"

Toshiya se raidit. Les bras du blond autour de lui, son corps chaud contre son dos… Il serra les dents. Il ne devait pas flancher, pas maintenant. Et pourtant les dieux savaient qu'il avait envie de se retourner et de lui rendre son étreinte.

Je pourrais rester avec lui. Même s'il ne m'aime pas vraiment, même si c'est mal… On serait ensemble, ce serait…

Non, il n'en avait pas le droit. Ils ne pouvaient bâtir une relation sur un mensonge. Il ne pouvait laisser croire à Kyo qu'il était digne de son affection.

Il ferma les yeux. Il revoyait un visage auréolé d'une crinière de flammes, si diaboliquement beau, si faussement pur, qui lui souriait à travers les années.

Tu es à moi, hoshi, tu m'appartiens… Même si tu me quittes, tu es à moi. Même si je meurs, je serai toujours là. Peu importe avec qui tu seras, je me tiendrai toujours entre vous. Tu ne pourras jamais m'oublier, hoshi. Quoi que tu fasses, où que tu ailles, tu me verras apparaître pour te rappeler qui tu es, ce que tu es…  Souviens toi de cela, mon beau jouet : tu ne pourras jamais m'échapper…

Il secoua la tête pour chasser le fantôme de son ancien amant, ne plus entendre sa voix à la fois menaçante et doucereuse, le jour où il avait osé lui dire que tout était fini entre eux, qu'il ne serait plus jamais l'esclave de ses caprices.

Laisse-moi tranquille, Junya, tu crois que tu ne m'as pas fait assez de mal ? Tu n'as pas détruit assez de vies ?

Aux confins de son esprit, le spectre se contenta de ricaner. Il savait qu'il avait d'ores et déjà remporté la victoire. Et qu'il avait à jamais ôté le droit d'être heureux à celui qui avait eu l'audace de le repousser.

Et à cause de toi, aujourd'hui, je fais souffrir Kyo… Oui, tu peux rire… Tu as gagné…

"Totchi, ne me laisse pas tout seul…"

Il sentit le chanteur frémir contre lui, capta un son étouffé : il pleurait. C'est cela qui lui fit le plus mal. Et il se maudit de ce qu'il devait faire.

Il serra les poings, sans réaliser que cela tirait douloureusement sur sa cicatrice, et obligea les mots qui briseraient tout à sortir :

"Alors c'est juste pour ça ? Tu veux que je reste simplement parce que tu n'aimes pas dormir seul et qu'il te faut quelqu'un pour réchauffer ton lit ? C'est ça, hein ? Ah, je te reconnais bien là, toujours aussi égoïste ! Toujours à penser à toi avant les autres !"

Kyo le lâcha et recula en chancelant, comme si Toshiya l'avait physiquement frappé. Son esprit se refusait à admettre que le bassiste pouvait prononcer d'aussi cruelles paroles. Mais celui-ci n'en avait pas fini :

"Et tu te débrouilles même pour joindre l'utile à l'agréable, ne ?" cracha-t-il méchamment. "Non seulement je te tiens compagnie mais en prime, tu as même le droit de me sauter ! C'est comme ça que je suis censé te remercier de ton hospitalité et de tes bons soins ? En écartant les jambes ?"

Non ! Non, ne dis pas ça, tu te trompes ! C'est parce que je t'aime ! Le blond ouvrit la bouche mais demeura muet. Sa vue s'était brouillée et il ne fit rien pour retenir ses larmes. Il sentait son cœur saigner un peu plus à mesure que chaque mot s'y enfonçait, creusant entre eux un abîme de plus en plus infranchissable. Il était si hébété de stupeur qu'il ne trouva même pas la force de tenter de se défendre, de nier ces horreurs. Comment Toshiya pouvait-il croire…?

Le bassiste lui tournait toujours le dos et Kyo ne vit pas qu'il pleurait aussi, souffrant mille morts de lui faire volontairement autant de mal. Il ne pouvait pas lui parler en face, il n'aurait jamais pu affronter ses yeux. Et le chanteur aurait tout de suite compris qu'il mentait. Oh, Kyo, je suis tellement désolé…

"Je crois que tout est dit !" conclut-il d'une voix tranchante comme un couperet. "Rentre avec les autres, moi, je vais prendre un taxi. Sayonara !"

Laissant derrière lui son compagnon tétanisé qui ne fit rien pour le retenir, il partit à grands pas, ignorant le regard ébahi d'une infirmière qui avait assisté à la fin de la scène. Il se mordit la lèvre au sang pour ne pas hurler de douleur.

Adieu, Kyo. Je t'aime…

 

***

 

Le blond recula, les jambes flageolantes, pour trouver l'appui du mur contre lequel il s'adossa, avant de se laisser glisser au sol, se recroquevillant en une boule de souffrance secouée de sanglots convulsifs.

Toshiya le méprisait. Tout était fini…

Englouti dans son désespoir, il lui fallut longtemps pour réaliser qu'on lui secouait l'épaule.

"Monsieur ? Monsieur, je peux vous aider ?"

Il releva la tête avec réticence. A moitié aveuglé par ses larmes, il battit plusieurs fois des paupières avant de distinguer clairement un regard inquiet derrière des lunettes à montures argentées, dans un visage triangulaire encadré de cheveux noirs et surmonté d'une coiffe blanche.

" Monsieur, vous vous sentez mal ?"

Plusieurs secondes passèrent avant qu'il retrouve l'usage de la parole :

"Il… il est parti…"

"Votre ami ? " L'infirmière avait eu une hésitation sur ce mot. "Oui, en effet."

"Je… je ne voulais pas ça… je voulais qu'il reste… qu'on reste ensemble…"

Elle pinça les lèvres. Apparemment, elle ne s'était pas trompée. Même si elle n'avait pas pu distinguer les paroles échangées, il s'agissait bien d'une scène de rupture. Accroupie près du jeune homme effondré, elle se demanda quoi faire. Elle savait soigner les blessures du corps, pas celles du cœur.

Kyo enfouit à nouveau sa tête sous ses bras repliés. Il ignorait qui se trouvait à côté de lui et cela n'avait aucune importance. C'était juste une oreille attentive pour y déverser son chagrin.

"Il a dit… que j'étais égoïste…" hoqueta-t-il, "que je le veux juste pour ne pas être seul… Mais c'est faux… c'est faux ! J'ai besoin de lui, oui, mais pas pour ça. Je ne peux pas vivre sans lui !"

La jeune femme s'assit carrément sur le sol, près du désespéré. Elle eut un peu de mal à poser la question :

"Vous… l'aimez ?"

"Hai…" Un souffle à peine perceptible, mais où transparaissait tant de souffrance.

"Et vous le lui avez dit ?"

Le chanteur releva son visage ruisselant de larmes. Il bredouilla :

"Iie…"

"Dôshite ?"

"Je… je ne sais pas… Peut-être parce que…" Il secoua la tête : "La dernière fois que je l'ai dit, ça n'a servi à rien et elle est partie…" Il renifla, sans remarquer la surprise de l'infirmière. "De toute façon, c'est trop tard, maintenant…"

"Peut-être pas. Vous pouvez encore le rattraper…"

 Nouveau signe de dénégation, sous lequel elle devina un refus obstiné d'espérer :

"Non. C'est foutu. Il… il ne veut plus de moi…"

Repoussant la main compatissante posée sur son bras, il se releva avec difficultés, encore vacillant. La femme se redressa aussi.

"Vous êtes sûr que ça va aller ?" s'inquiéta-t-elle en le voyant faire mine de partir. "Vous devriez vous asseoir un moment… Vous n'êtes pas en état…"

"Daijobu," fit-il un peu rudement en essuyant ses joues de sa manche. "Et j'ai… des amis qui m'attendent… Arigato…" ajouta-t-il avec un temps de retard en s'éloignant d'un pas mal assuré.

"Ganbatte…" murmura l'infirmière en le suivant d'un œil navré, sincèrement désolée de sa détresse. Comment pouvait-on quitter un aussi adorable jeune homme, qui donnait plutôt envie de le materner ? Elle secoua la tête à son tour. Il y avait vraiment des imbéciles…

Quand Kyo entra dans la salle d'attente, quelques instants plus tard, Kaoru Die et Shinya crurent voir arriver un zombi. Le batteur se précipita le premier :

"Qu'est-ce qui s'est passé ? Où est Toshiya ?"

Le chanteur leva sur lui un regard incertain et à nouveau noyé de larmes :

"Parti…" Il regarda sans vraiment les voir les visages anxieux de ses amis réunis autour de lui. "Les gars, je me sens pas très bien…" balbutia-t-il avant de s'effondrer dans les bras de Kaoru.

 

***

 

A suivre…

 

 

Je ne m'en sortirai jamais… >_< OK, 50% de réussite niveau réconciliations, soit… mais tout de même, j'espérais vraiment réussir à raccommoder les deux baka !

Bon, ça vient peut-être aussi du fait que je ne suis pas particulièrement d'humeur folichonne, ces jours-ci, malgré la grande joie causée par la découverte, enfin, de cette petite merveille qu'est le nouvel album de Dir en grey. Et peut-être aussi à cause de ça, vu la couleur générale de Kisou que j'écoute en boucle… (Raaaah !!!! Mamour a fait très fort avec Bottom of death valley !!!!)

Bref, je continue à me demander comment parvenir au résultat optimum, c'est à dire remettre nos deux têtes de pioche dans le même lit… et qu'ils y restent !!!! Si quelqu'un a une idée, je suis toute ouïe…

Hitomi, Kisou powaaaaaaaa !

(22/02/02 - 11H35)