Titre : Starless Sky

Auteur : Hitomi

Sujet : Cinq empêcheurs d'écrire en rond…

Genre : Tournage en bourrique de l'auteur et de ses fans ^^;;;

Disclaimer : Comme d'hab !

Spoiler : On va bien finir par en voir le bout… un jour ou l'autre…

Résumé : Le rendez-vous à l'hôpital s'est achevé en prévisible réconciliation pour Die et Shinya… et en brutale rupture pour Kyo et Toshiya… Argh ! >_<

Déclaration de l'auteur : Kamisama !!!! Franchement, je ne m'attendais pas à ce que ça finisse aussi mal…Mais, bon, maintenant, ça ne peut pas être pire… Quoique… Je peux aussi en tuer un ou deux, pour faire bonne mesure, ne ? Mais non, rassurez-vous, la deathfic, c'est pas mon truc…

Sinon, j'écoute toujours Kisou en boucle…et c'est peut-être pas l'idéal pour faire un épisode plus folichon…

~Hitomi~

(26/02/02)

 

 

 

Starless sky

 

par Hitomi

 

 

 

Chapitre 21

 

 

 

TOKYO, 2001

Tel un grand chat, Junji s'étira langoureusement avant de se pelotonner à nouveau, avec un soupir de contentement, contre son amant. Dans le profond silence de l'appartement, il passa plusieurs minutes à écouter battre le cœur de Kaoru qui dormait profondément, tout en laissant sa main errer distraitement sur sa poitrine. Le guitariste s'était montré très passionné, cette nuit, et même un peu brutal, ce qui n'était pas pour lui déplaire.

Il sourit en repensant aux instants les plus brûlants des dernières heures… puis se rembrunit. C'était la troisième nuit consécutive qu'ils passaient ensemble. S'ils n'y prenaient pas garde, ils allaient se mettre à entretenir une liaison sérieuse et peut-être même s'attacher l'un à l'autre. Et c'était absolument hors de question. Le bassiste de Laputa avait suffisamment à faire avec la relation complexe qui le liait au chanteur et au guitariste de son groupe. Quant au leader de Dir en grey, il lui avait avoué être amoureux de quelqu'un d'autre, qu'il avait refusé de nommer mais Junji avait sa petite idée sur la question.

Il va falloir qu'on en discute sérieusement. Je suis bien avec lui, c'est un amant formidable… mais ça doit en rester là. Juste un bon moment de temps en temps. J'aime Aki, même si je dois le partager avec Kouichi. Et Ka-chan le sait.  Ça doit d'ailleurs être pour ça qu'il a renoué avec moi, en plus de me demander de remplacer Toshiya : il sait que je ne m'incrusterai pas dans sa vie…

Il émit un nouveau soupir, leva la tête pour jeter un coup d'œil au radioréveil, qui affichait 2H27, et frissonna dans la fraîcheur nocturne.

On en parlera, mais pas tout de suite… J'attendrai que les problèmes de son groupe soient arrangés. Ka-chan compte sur moi pour l'aider à surmonter cette mauvaise passe. Aki comprendra que je ne peux pas laisser tomber un vieil ami. Et ce n'est pas comme si je le laissais seul : Kouichi est là pour s'occuper de lui…

Il s'écarta et tâtonna à la recherche de l'édredon qu'il finit par retrouver sur le sol où il avait glissé. Le tirant à sa suite, il se rallongea contre Kaoru et en recouvrit leurs corps nus. Il glissa ensuite son bras autour du guitariste et posa sa joue sur son épaule. Son amant bougea dans son sommeil et referma ses bras sur lui en marmonnant un prénom qui n'était pas le sien. Junji ne s'en formalisa pas. Cela le rassura, au contraire. Et confirma ses soupçons.

Ka-chan… Tu veux jouer au dur, mais au fond, tu es un grand sentimental… comme ton chanteur…

 

***

 

TOKYO, 2001. L'avant-veille

"Comment il va ?" s'enquit Shinya à voix basse quand Kaoru eut refermé sans bruit la porte de la chambre.

"Mal," soupira le leader. "Il n'arrête pas de pleurer, sans dire un mot. J'espérais qu'il finirait par s'endormir mais rien à faire. Et il a refusé de prendre quelque chose. A moins de l'assommer, je ne vois pas quoi faire…"

Le batteur hocha la tête sans répondre. Ce fut Die qui demanda :

"Tu crois que c'est prudent de le laisser seul ?"

Trois paires d'yeux inquiets se fixèrent sur la porte. Le guitariste admit :

"Sans doute pas… Mais il faut qu'on parle. Cette fois, c'est très grave, ce n'est plus un simple malentendu…"

Tout en parlant, Kaoru était entré dans la salle de séjour. Il alla se laisser tomber dans un fauteuil, massant ses tempes douloureuses. Les deux autres le suivirent, Die un bras autour de la taille de son compagnon. Ils prirent place sur le divan, l'un contre l'autre. Depuis leur retour de l'hôpital, ils ne parvenaient pas à s'éloigner ni même à rompre le contact physique. Ils savaient qu'ils songeaient à la même chose : cela aurait pu leur arriver, à eux aussi, s'ils ne s'aimaient pas suffisamment pour tout se pardonner.

"Je voudrais bien savoir ce que Totchi lui a dit pour le mettre dans un état pareil !" reprit le leader. "K'so, qu'est-ce qui a bien pu se passer ?"

Ils en étaient réduits aux suppositions, n'ayant pour seule certitude, le médecin le leur avait confirmé, que l'état de santé de Toshiya n'était pas en cause. Une infirmière avait également révélé avoir assisté à une violente querelle. Mais ils n'avaient rien pu tirer de Kyo qui, quand il était revenu à lui, après son malaise, les avait suppliés de le ramener chez lui, avant de fondre à nouveau en larmes dans les bras de Kaoru à qui il s'accrochait comme un naufragé à une planche. Die et Shinya avaient alors dû convaincre l'interne venu examiner le chanteur que tout allait bien, qu'ils se chargeaient de leur camarade et qu'il n'était absolument pas nécessaire qu'il reste une nuit en observation. Durant tout le trajet de retour, le blond n'avait pas cessé de sangloter sans lâcher le leader. Mais il n'avait plus sorti un seul mot. A l'appartement, il était allé directement dans sa chambre, qui avait été durant trois semaines celle du bassiste, et s'était jeté sur le lit pour hurler en martelant le futon de ses poings, laissant libre court à la violence de son désespoir. Kaoru avait alors fait signe aux deux autres de le laisser seul avec lui et s'était assis silencieusement à son chevet, maudissant son impuissance. Poussé par une idée subite, Shinya avait fait une rapide incursion dans l'autre chambre et en était ressorti avec un objet qu'il avait apporté au leader : Ichigo, l'ours en peluche à qui un passage au pressing avait redonné une seconde jeunesse et qui, nanti d'un ruban neuf, trônait désormais sur le lit de son propriétaire. Le vieux jouet se trouvait maintenant étroitement serré dans les bras de Kyo, dont l'incessant torrent de larmes menaçait de le transformer en éponge.

Le guitariste finit par relever la tête pour poser une autre question cruciale :

"Vous l'avez trouvé ?"

Laissant le désespéré à sa garde, l'autre guitariste et le batteur étaient partis  à la recherche du cinquième membre du groupe. Ils venaient de rentrer.

Le couple s'entre-regarda. Puis Shinya détourna les yeux, évitant le regard de Kaoru et laissant son compagnon répondre :

"Non. Il n'était ni chez lui, ni au local, ni au Tsuki…"

Le Tsuki Bar, situé non loin du studio de répétition, était un endroit discret et sympathique, principalement fréquenté par des musiciens, et où ils se rendaient souvent pour boire un verre après le travail. C'était aussi leur refuge favori en cas de crise. Mais pas cette fois, apparemment.

"Mais il est peut-être chez un copain," continuait le brun. "On a ramené son agenda, pour appeler ceux chez qui il aurait pu se réfugier."

Kaoru acquiesça. Oui, c'était une bonne idée.

"Et la gare ?" proposa-t-il. "Il est peut-être parti pour Nagano ?"

"Il serait parti sans bagages, alors, " intervint le batteur qui y avait également pensé. "Sa seule valise est ici."

"Et il ne manquait rien, chez lui," indiqua Die, "à part ce qu'il a amené ici."

Cette remarque lui valu un coup d'œil aigu de son amant, qui se demanda comment il pouvait connaître aussi bien le contenu de l'appartement de Toshiya. Mais il se contenta d'ajouter :

"De toute façon, s'il a pris le train, il est encore trop tôt pour appeler chez ses parents. On pourra téléphoner demain si…"

Il ne finit pas sa phrase mais les deux  autres comprirent : si d'ici là le bassiste n'avait pas été retrouvé.

"OK," approuva le leader en se levant. "Je retourne surveiller Kyo pendant que vous appelez les amis de Totchi. Et si personne ne l'a vu…" Il soupira et acheva : "Il faudra essayer les hôpitaux, au cas où…" Ce fut à son tour de s'interrompre. il secoua la tête et quitta la pièce.

Shinya, toujours assis près de Die sur le canapé, frissonna à ces derniers mots et se mit à frotter machinalement son poignet gauche. Son compagnon, qui avait surpris son geste, posa doucement sa main sur la sienne.

"Ne t'en fais pas," murmura-t-il. "Kao-kun a raison d'envisager toutes les possibilités mais je suis certain que Totchi ne fera jamais ça."

"Quand on est vraiment sans aucun espoir…" marmonna le batteur.

"Non," insista le guitariste. "Crois-moi, je sais que Toshiya n'ira jamais jusque là. Il me l'a déjà dit. Il pense que… que c'est trop facile, trop lâche, et que lui n'a pas le droit d'échapper ainsi à… cette imaginaire punition qu'il estime mériter…"

Shinya garda le silence quelques secondes avant de souffler :

"Tout le monde ne pense pas de la même façon…" Et il remit à frotter son poignet, presque violemment, comme s'il avait voulu s'arracher la peau.

"Arrête !" Die lui saisit les mains pour le faire cesser. "Tu vas te faire mal." Il plongea son regard soudain dur dans les yeux embués de son compagnon. "Ne pense plus à ça," ordonna-t-il, "c'est fini !" Pour adoucir ses paroles, il leva la main du batteur et posa tendrement ses lèvres sur les deux stries rosâtres à peine visibles, qu'il cachait toujours sous des gants ou des manches longues. "C'est du passé, mon koi. Et tu peux être certain que ça n'arrivera pas à Totchi."

Shinya arracha sa main des doigts du guitariste mais, regrettant aussitôt sa brusquerie, se jeta dans ses bras :

"Je l'espère… Je l'espère sincèrement ! Ce serait trop horrible… Moi, je regrette tellement…"

"Chuut," le berça doucement son amant, "je ne veux plus entendre un mot là-dessus. Nous avons du travail," ajouta-t-il en l'obligeant à se redresser et en déposant un baiser sur ses lèvres. "Il faut retrouver Totchi."

Le batteur acquiesça en s'essuyant les yeux et prit son portable. Die l'imita, sortant également de sa poche un petit calepin relié de cuir rouge. Il le feuilleta rapidement et grogna :

"Il en connaît du monde ! Ça va nous prendre des heures !"

"Raison de plus pour ne plus perdre de temps…" fit Shinya, qui s'était repris, en composant le premier numéro.

 

***

 

 Deux heures plus tard, lorsqu'ils arrivèrent à la dernière page du carnet, le guitariste commençait à avoir mal à la gorge et le batteur, qui avait épuisé son forfait, avait dû emprunter le téléphone de Kaoru – ils avaient décidé de ne pas se servir du poste fixe de chez Kyo, dont ils donnaient le numéro à ceux qu'ils appelaient, pour être joints au cas où le bassiste ferait son apparition quelque part. Le découragement se faisait sentir chez les deux musiciens : personne dans ses connaissances ne semblait avoir vu Toshiya depuis qu'il s'était enfui de l'hôpital.

Die jeta brusquement son portable sur la table basse et se rejeta en arrière contre le dossier du canapé avec un profond soupir.

"Mais où peut-il être ? On a appelé la moitié de Tokyo et personne ne l'a vu !"

"Il doit se cacher quelque part…" La voix de Shinya tremblait un peu et le brun comprit qu'il avait vraiment peur que quelque chose de grave soit arrivé à leur camarade. Ce qu'il craignait aussi, d'ailleurs, mais il préféra le garder pour lui..

"Ne t'inquiètes pas, mon koi," lui assura-t-il en l'entourant de ses bras pour le serrer contre lui. "On finira par le retrouver."

"Et ensuite ?" demanda le batteur en l'étreignant en retour et en posant sa tête sur son épaule. "Qu'est-ce qui se passera quand on l'aura retrouvé ? Il ne voudra plus travailler avec nous, maintenant..."

"Ça ne m'étonnerait d'ailleurs pas qu'il soit retourné à Nagano," commenta Die. "La vie qui l'attend là-bas est ce qu'il hait par-dessus tout mais il est bien capable de s'y condamner rien que pour se punir de ce qu'il a fait à Kyo…"

"Mais pourquoi ?" s'insurgea Shinya en relevant vivement la tête. "Pourquoi il a fait ça ? Je ne comprends vraiment pas. Il aime Kyo. Et Kyo l'aime. Alors pourquoi il l'a quitté ?"

"Parce qu'il l'aime, justement," répondit sombrement le guitariste. "Et qu'il s'est fourré dans le crâne qu'il ferait son malheur en restant avec lui."

"Mais c'est complètement débile !" s'exclama le batteur avant de rougir en se rappelant qu'il avait fait quasiment la même chose.

"Je suis bien d'accord." Une lueur dans les yeux du brun indiqua qu'il avait compris à quoi pensait son compagnon. "La logique de Totchi est complètement faussée. Et on peut remercier Junya pour ce beau gâchis. Tout ça c'est sa faute !" Shinya sentit les mains de Die se crisper sur son dos. "Il n'a pas intérêt à ce que je lui tombe dessus, celui-là," gronda-t-il. "Je te jure que le tuerai !"

"C'est ça !" Les yeux de Shinya étincelèrent. "Si tu faisais ça, on serait bien avancés ! Et je deviendrai quoi, moi, si tu te retrouves en tôle ?" Il entoura de ses mains le visage de son amant. "N'oublie pas ce que tu m'as juré, saiai no : plus jamais on ne sera séparés."

"Je ne l'oublie pas..." Le guitariste se pencha comme le batteur levait la tête à sa rencontre, lui offrant ses lèvres. Ils se fondirent dans le baiser, oubliant quelques secondes leurs inquiétudes. Lorsqu'ils se séparèrent, le brun sourit en caressant la joue de son compagnon. "Je tiendrai mon serment : plus jamais un seul jour loin de toi."

Shinya tourna la tête pour déposer un baiser au creux de la paume de Die :

"Je te fais confiance." Puis il s'écarta : "Mais il y a plus grave et plus urgent : Kyo et Toshiya. Si nous voulons pouvoir arranger les choses, et que Dir en grey survive, il va falloir trouver un moyen de leur faire comprendre que tout cela n'est qu'une monstrueuse erreur, dont ils ne sont responsables ni l'un ni l'autre."

"Je me demande vraiment comment faire…" avoua le guitariste. "Ils ont bel et bien rompu. Je connais assez Totchi pour savoir qu'il a dû tout faire pour éloigner définitivement Kyo de lui..."

Ils demeurèrent silencieux un bon moment, chacun plongé dans ses réflexions, puis le batteur sursauta :

"Justement ! Il faut expliquer à Kyo pour quelles raisons Toshiya a agi ainsi ! Tu devrais aller lui parler."

"Moi ?" s'étonna le brun. "Mais…"

"Tu es le seul qui puisse le faire," le coupa son compagnon. "Toshiya t'a tout avoué de ce qui lui est arrivé avec Junya, ne ? Même des détails que tu ne m'as pas racontés ?"

"Ano… oui… Il y avait des choses vraiment très… personnelles et…"

"Alors il faut que tu lui dises !" l'interrompit encore Shinya. "Bon, peut-être pas ce qui est trop intime et serait vraiment gênant pour Toshiya, mais rien que ce que tu m'as déjà dit devrait suffire à lui faire comprendre qu'il n'est pas en cause. Ni Toshiya non plus, d'ailleurs, et qu'il a en fait subi un véritable conditionnement le poussant à croire qu'il est indigne du véritable amour !"

Die fixa son amant, avant d'acquiescer vigoureusement :

"Oui, tu as raison, Shin-chan ! C'est Kyo qu'il faut commencer par convaincre. Quand il aura compris, il pourra se charger de faire entendre raison à Totchi !"

Il quitta le divan en tirant le batteur derrière lui, décidé à passer immédiatement à l'action. Ils étaient dans le couloir quand Kaoru sortit de la chambre :

"Il s'est enfin endormi !" déclara-t-il avec soulagement. "Quelques heures de repos ne lui feront pas de mal, il est complètement épuisé." Puis il questionna : "Et Totchi ? Vous avez pu remettre la main dessus ?"

L'autre guitariste secoua la tête :

"Non, pas encore. Par contre, Shin-chan a eu une idée qui devrait marcher."

Il laissa son amant exposer son plan, qui reçut l'entière approbation du leader, lequel semblait maintenant un peu nerveux et consulta sa montre deux ou trois fois pendant que Shinya parlait. Die finit d'ailleurs par lui en faire la remarque.

Kaoru hésita avant de répondre, gêné :

"C'est que… maintenant que Kyo dort, je… en fait j'ai un rendez-vous que j'ai complètement oublié d'annuler, avec tout ça, et…"

"Et ça doit faire un moment qu'il t'attend," compléta le brun qui ajouta d'un ton de reproche : "Tu crois que c'est le moment alors que…?"

"C'est pas du tout ce que tu crois !" protesta vigoureusement le leader. Si vigoureusement que Shinya lui intima de baisser le ton pour ne pas réveiller le chanteur. "C'est un rendez-vous pour le boulot," reprit Kaoru à voix plus basse. "Et ça vous concerne aussi : j'ai contacté un copain pour remplacer provisoirement Totchi, pendant les répètes. Et ce soir, on devait discuter de détails techniques."

"Mouais," fit le brun qui n'y croyait qu'à moitié, connaissant son leader. "Ben tu ferais mieux de lui dire que ça risque de devenir un boulot à plein temps, à ton pote !"

"On le connaît ?" demanda le batteur, plus pratique.

"Ano… Hai," avoua Kaoru. "C'est Junji… Aki et les autres sont d'accord pour qu'il nous donne un coup de main. Ça vous dérange ?"

"Non. Je connais le jeu de Junji et je devrais pouvoir m'entendre avec lui. Mais tu aurais pu nous en parler avant, au lieu de décider ça tout seul."

"Vous n'étiez pas très disponibles, ces temps-ci, tous les deux…"

Die et Shinya accusèrent le coup : il avait raison. Ils avaient passé deux semaines totalement absorbés l'un par l'autre, dans le superbe isolement des amoureux, dont ils n'étaient sortis que pour venir s'occuper de Toshiya, avant de traverser les affres de leur première querelle. Ils durent reconnaître que durant tout ce temps, ils n'avaient guère songé au travail. Le brun préféra changer de sujet.

"C'est gentil de la part de Junji de bien vouloir nous aider, mais je crains que ce ne soit inutile… Enfin, vas-y, ne le laisse pas attendre pour rien."

"Je peux l'appeler pour lui dire que je dois rester," proposa sans conviction le leader à qui le batteur venait de rendre son portable."

"Non, c'est pas la peine." Son manque d'enthousiasme n'avait pas échappé à Die. "On s'occupera de Kyo, sois tranquille. Et, qui sait, tu croiseras peut-être quelqu'un qui sait où est Totchi ?"

Ainsi nanti d'une 'mission officielle' qui soulageait sa conscience, le guitariste s'empressa de filer. Ses deux camarades le regardèrent partir, à moitié souriants, à moitié choqués de sa légèreté en temps de crise.

Shinya s'apprêtait à pousser la porte de la chambre pour vérifier si le chanteur dormait toujours mais retint son geste pour commenter entre haut et bas :

"Si c'est Junji, je te parie tout ce que tu veux que ce n'est pas seulement un rendez-vous d'affaires…"

 

***

 

"Gomen, je suis en retard !"

"Pas grave. J'ai commandé en t'attendant. Tu n'aimes toujours pas les fruits de mer, ne ?"

Kaoru se laissa tomber sur sa chaise en souriant :

"Tu as bonne mémoire."

Le bassiste lui rendit son sourire avant de demander :

"Qu'est-ce qui t'a retenu ?"

Le guitariste se rembrunit :

"Une méga tuile ! Ce qui pouvait nous arriver de pire…"

"C'est Toshiya ?" s'inquiéta Junji qui savait ce qu'une grave blessure à la main pouvait signifier pour un de ses collègues.

"Oui, mais pas pour ce que tu crois…" Et Kaoru lui résuma les dernières catastrophes en date : la rupture inattendue de Kyo et Toshiya, la violente crise de nerfs du chanteur et, surtout, la disparition du bassiste. Le visage du jeune homme brun s'allongea :

"K'so ! Et vous n'avez aucune idée d'où il a pu aller ?"

"Aucune… Die et Shinya ont cherché partout où il a ses habitudes, appelé tous ses amis… C'est comme s'il s'était totalement évaporé !"

"Et vous avez pensé à…?" Il n'acheva pas mais le guitariste avait compris.

"En fait, on n'ose pas trop l'envisager qu'il ait pu…" Il secoua la tête. "J'ai déjà vécu ça une fois il y a des années et j'ai franchement pas envie de recommencer… Mais je ne crois pas qu'il faille s'affoler, c'est pas le style de Totchi."

"Et la police ?"

"Trop tôt pour signaler sa disparition. Et je préférerais éviter d'en arriver là. Il reste encore l'option qu'il soit parti chez ses parents, mais ça, on ne peut pas encore le savoir… Je crois qu'il faut attendre jusqu'à demain. Et si on n'a toujours pas de nouvelles, là on devra prévenir Atsushi et mettre les flics dans le coup…" Il posa sa main sur celle du bassiste : "Evidement, je compte sur toi pour être discret. A part Die, Shinya et moi, tu es le seul à vraiment savoir ce qui s'est passé. Je te laisse imaginer ce qui se passerait si la presse était au courant."

"Je serai une tombe," assura son ami.

Le serveur arriva avec les plats et Junji dut s'employer à convaincre Kaoru d'avaler quelque chose, lui répétant que faire la grève de la faim n'aiderait en rien ses camarades et qu'ils avaient au contraire besoin de lui à 100% de ses capacités.

Le repas fut d'ailleurs très vite expédié, le bassiste n'ayant lui-même plus très faim. A peine trois-quarts d'heure après l'arrivée du guitariste, ils se retrouvaient, un peu embarrassés, sur le trottoir devant le petit restaurant.

"Ka-chan…" hésita Junji. "Je comprendrai si tu préfères rentrer…"

"Le leader de Dir en grey fit 'non' de la tête :

"Kyo dort, Shinya et Die sont avec lui et ils ont mon numéro de portable au cas où il y aurait du nouveau. Les amis de Totchi ont reçu la consigne de nous prévenir s'il se manifeste… Je ne vois pas à quoi je pourrais servir de plus ce soir..." Brusquement, il saisit le bassiste par la taille et le tira hors de la lumière, sous un porche voisin où il le plaqua contre le mur : "En plus, je n'ai pas très envie de rester seul à ruminer toute la nuit."

Junji ne résista pas à la bouche avide qui s'empara de la sienne et noua ses bras autour du cou du guitariste, se collant à lui des lèvres aux genoux.

"Mm, je vois," fit-il avec un petit rire quand son partenaire le libéra. "Je vais encore te servir à te changer les idées, ne ?"

"Je ne veux pas non plus te forcer…"

"Tu ne me forces jamais, Ka-chan. Tu as des… arguments bien trop convaincants." Il obligea Kaoru à baisser la tête et lui prouva qu'il était tout à fait d'accord pour jouer les passe-temps.

"A mon tour de dire 'Je vois'," sourit le guitariste en s'écartant. "Aki te délaisse, ces temps-ci ?"

Le bassiste baissa les yeux. Même dans l'obscurité, Kaoru sut qu'il rougissait.

"Disons… qu'il a des phases…"

"Et là, il serait plutôt dans une 'Phase Kouichi', ne ?"

Junji se débattit pour se dégager des bras qui l'encerclaient :

"On ne pourrait pas éviter de parler de ça, onegai ? C'est plutôt gênant."

Son ami rit franchement en l'immobilisant sans aucune peine :

"Et tu oses dire que nous sommes compliqués, chez Dir en grey !" Il étouffa d'un nouveau baiser toute velléité de réponse. Le bassiste gémit, oubliant ce qu'il voulait dire, son corps se chargeant d'indiquer à Kaoru l'évolution de… son état d'esprit. Ils se séparèrent à cours d'oxygène et Junji murmura :

"On va chez toi ?

Le guitariste acquiesça et l'entraîna, un bras passé autour de sa taille :

"Ma voiture est tout près."

 

***

 

Le ruissellement des larmes avait repris, mais le chanteur ne pleurait plus maintenant sur lui-même.

"J'ai du mal à croire…" hoqueta-t-il en essuyant vainement du dos de sa main ses yeux rougis qui coulaient de plus belle. "C'est abominable… Comment peut-on…" Il accepta machinalement le mouchoir que lui tendait Die, sans songer à s'en servir, et parvint à finir sa phrase : "Comment peut-on s'acharner à détruire quelqu'un comme ça ?"

"Je ne sais pas…" souffla le brun qui surveillait attentivement les réactions du blond après ce qu'il venait de lui révéler.

Kyo secoua la tête et poursuivit d'une voix éraillée d'avoir trop pleuré :

"Je ne me doutais pas… C'est tellement horrible que c'est inimaginable…" Il fixa le guitariste : "Pourquoi il ne m'a rien dit ? J'aurais pu comprendre, et l'aider. Au lieu de ça il… il m'a fait croire qu'il me détestait… et que je le dégoûtait…"

Die exhala un profond soupir :

"Il a une si mauvaise opinion de lui-même qu'il s'est persuadé que tu le regarderais avec horreur si tu savais." Et il n'est pas le seul à penser comme ça, j'en connais un autre… qui a tout de même été plus facile à guérir. "Je ne suis même pas sûr qu'il me pardonnera de t'avoir parlé, mais Shin-chan et moi avons pensé qu'il était temps que tu saches." Un autre soupir. "Il a fait avec toi comme avec Kaoru : se comporter d'une façon qui te ferait le fuir. Mais il y a une énorme différence : il t'aime. En te blessant, il s'est blessé aussi."

Le petit chanteur braqua sur lui ses yeux bruns noyés de larmes :

"Il m'aime…" répéta-t-il d'un ton qui doutait encore. "Pas facile à croire après tout ce qu'il m'a sorti…"

"Je t'ai expliqué pourquoi."

"Hai… et j'ai bien compris." Il parut s'apercevoir de la présence du mouchoir dans sa main, s'essuya les yeux une nouvelle fois et se moucha bruyamment. "Mais il y a ces mots qui ne sortent pas de ma tête."

"Il ne les pensait pas, tu peux me croire. Et il avait aussi mal de les dire que toi de les entendre."

Le blond acquiesça et demeura silencieux un long moment. Puis il entoura ses genoux de ses bras, tête basse.

"Et maintenant, il est où ?" finit-il par murmurer.

"Je n'en sais rien. Nous l'avons cherché partout."

Kyo tendit une main encore tremblante et ramassa son ours abandonné sur le futon. Il scruta les yeux luisants de son vieux confident avant de le serrer contre lui et de s'appuyer sur l'épaule de son camarade, ses cheveux platine en désordre venant chatouiller le menton du guitariste.

"Il faut le trouver, Die. Je dois l'aider. Il doit se sentir si seul, si malheureux… Il a besoin de moi…" Ses larmes un instant taries se remirent à couler. "Je l'aime Die, je l'aime tant… Je veux qu'il revienne." Il releva son visage trop pâle aux lèvres tremblantes. "Daisuke, onegai, ramène-le-moi…"

Le brun caressa doucement la joue humide et déposa un baiser sur son front.

"Je vais te le retrouver, je te le promets." Il eut son gentil sourire : "Maintenant, essaie de te rendormir. Tu auras besoin de toutes tes forces pour lui faire comprendre qu'il est digne d'aimer un petit monstre comme toi !"

Kyo ne parvint pas à sourire mais consentit à se rallonger et à fermer ses yeux brûlants, en gardant la main de son ami serrée dans la sienne. Quelques minutes plus tard, sa respiration se fit plus lente et égale : il dormait, enfin apaisé.

"Je vais te le retrouver, Tooru," répéta Die, "et te le ramener de gré ou de force. Tu as ma parole."

 

***

 

"Tu veux boire quelque chose ?"

"Tu as de la bière ?"

Le guitariste répondit d'un simple signe de tête et se dirigea vers la cuisine, laissant son invité se débarrasser de sa veste et s'installer dans la salle de séjour. Il ouvrit le réfrigérateur et en tira deux bières. Il refermait la porte lorsqu'il sentit deux bras se glisser autour de son cou et un souffle chaud lui chatouiller l'oreille.

"Qu'est-ce que tu fais là ?"

"Je me sentais seul," répliqua le bassiste d'un ton boudeur.

"Au bout de deux minutes ?"

"Hai !"

Tenant les deux canettes d'une seule main, le guitariste entoura de son bras la taille fine et ramena son ami dans l'autre pièce. Ils se laissèrent tomber sur le divan et se mirent à boire en silence.

"Jun…?"

"Mm ?"

"Arigato."

"De quoi ?"

"D'avoir bien voulu m'aider…"

"De rien. C'est normal."

Un autre long silence durant lequel le bassiste reposa sa canette vide.

"C'est tout de même bizarre : on s'était pas parlé depuis des années et puis…"

"Tu as eu besoin de moi et il se trouve que j'ai pu te rendre service, c'est tout."

"Et j'ai une petite idée de la façon de te remercier…."

Le bassiste sourit et se colla davantage contre son ami dont le bras vint presque distraitement entourer ses épaules.

"Mais tu ne dois pas te sentir obligé de…"

"T'en fais pas pour ça."

"Tu n'as vraiment pas changé."

"Embrasse-moi…"

Le guitariste hésita, contemplant ce qui lui était offert. Les grands yeux noirs semblaient deux lacs de nuit, insondables, ne laissant paraître aucune émotion. Le bassiste était quelqu'un de bien plus complexe qu'il ne le paraissait. Des années sans se voir et il se jette à mon cou dès le premier soir…

"Jun…"

Une main se leva pour aller se mêler aux cheveux du guitariste, l'obligeant à incliner la tête. Oubliant ses scrupules, il fit sienne la bouche chaude qui s'ouvrit obligeamment pour le laisser l'explorer à loisir. Sans interrompre le baiser, il fit basculer le bassiste sur le canapé, le couvrant de son corps, une de ses mains cherchant à se glisser sous sa chemise, l'autre étreignant sa nuque. Ils se séparèrent haletants.

"Mmm, tu veux battre le record du monde d'apnée?"

"Peut-être… Dis-moi, si ça avait été un autre, tu l'aurais 'remercié' de la même façon ?"

Les yeux sombres se détournèrent.

"Je t'en prie, Jun, ne me pose pas de questions…"

Les doigts du guitariste se crispèrent, presque douloureusement, sur les courts cheveux blonds du bassiste :

"Toshiya… Trois ans sans même un coup de téléphone et tu débarques à l'improviste en pleine nuit pour me demander de t'héberger, comme si tu avais toutes les polices à tes trousses, en me suppliant de ne rien dire à personne ! Et je devrais accepter sans rien demander ? Shinya a appelé, avant que tu arrives, tu sais. Il m'a juste dit de le recontacter si jamais je te voyais mais il avait l'air mort d'inquiétude. Et maintenant, tu veux me remercier de mon aide en nature ? Qu'est-ce qui se passe, Toshiya ? Il y a un problème avec ton groupe ?"

"S'il te plaît, Jun," gémit le bassiste dont les yeux s'embuaient. "Ne me demande rien, c'est trop difficile…" Il entoura de ses bras le cou du guitariste et l'attira vers lui. "Aide-moi… je ne veux plus penser à rien."

"Toshiya…"

"Non, ne dis rien. Serre-moi fort… J'ai besoin de toi pour me sentir vivant… j'ai si froid à l'intérieur, comme si j'étais mort…"

Le guitariste de Pierrot obéit, renonçant provisoirement à comprendre ces paroles incohérentes entrecoupées de sanglots. Il étreignit fortement le corps frissonnant de Toshiya qui s'agrippa convulsivement à lui.

"Je t'en prie, Jun, je t'en prie… Fais-moi l'amour… Fais-moi oublier…"

Kyo… Kyo, mon amour… Pardon… je dois t'oublier…

 

***

 

A suivre…

 

 

Gnoufffff ! Aura plutôt été dur à pondre, celui-là… Toute la semaine, j'ai ramé dessus ! Je suis arrivée au bout, mais ça n'a pas été sans mal. Et juste à temps !

Pour le coup de théâtre final… je l'ai pas vu venir. Ça a été comme… une illumination. Je ne demandais, comme le reste du groupe, où Toshiya avait bien pu se réfugier et puis… j'ai relu une fic de SuuAnda parlant du groupe Pierrot… et ça a fait Tilt ! ^^;;;

Bon, ben la suite la semaine prochaine !

Hitomi, galérienne de la fic (01/03/02 - 17H30)